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Makhlouf Bouaïch. Un écrivain pas comme les autres

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Mémoires remuées de Makhlouf BOUAICH

De la poésie au journalisme, Makhlouf Bouaich, s’est convertit à l’écriture. Mémoires remuées, son premier roman, publié aux éditions ART COM. éditions retrace les mésaventures d’un jeune algérien exilé par une guerre qui refuse de dire son nom. L’histoire est pleine d’émotion, d’aventure et d’amertume. Nous l’avons rencontré et il a bien voulu se confier à nous.

Avez vous rencontré des difficultés dans l’édition ?

Avant tout, je tiens à rappeler que les éditeurs sont d’abord des commerçants, avant d’être des hommes de culture. Je ne généraliserai pas, bien sûr, en disant ça, mais, en général, ils le sont. Alors, avant que le comité de lecture ne se prononce, il juge si le livre qui lui est présenté est « vendable ».

Ensuite, dans l’affirmative, il passe au stade technique : des retouches, des mal dits, des fautes de saisie, parfois même de style.

Il y a aussi la façon dont a été abordé le sujet en parlant d’une certaine catégorie de jeunes qui fuient leur pays et dont on ne parle que très peu.

Si l’auteur est tout nouveau, on essaie de lui acheter son livre pour… « Une bouchée de pain ». C’est-à-dire, un petit contrat, même si le pourcentage reste le même pour tous. On l’édite à tirage très limité, même si son ouvrage paraît être aussi bon que certains auteurs de la même maison d’édition.

En ce qui concerne mon éditeur, d’après les propos qu’il m’a tenu en aparté, la forme, le style et l’histoire avaient plu au comité de lecture et l’histoire, quoiqu’il ne partage pas totalement certains points qui ont été développés, elle lui plaît, dans l’ensemble.

D’autre part, il ne s’est pas fixé une ligne éditoriale précise, mais il travaille sur une large palette qui va du roman à l’essai, en passant par la poésie, thèses, … En arabe et en français. D’un autre côté, cet éditeur se dit disposé à aider les jeunes auteurs maghrébins, puisqu’ils ne trouvent pas facilement de maisons d’édition qui les prennent en charge, faute d’avoir un « Nom » au préalable. Quand on est déjà connu, on est édité à ses propres conditions.

À titre d’exemple, je citerai un sportif de haut talent, qui n’avait rencontré aucune réticence de la part de l’éditeur où il a présenté son livre. Il y a aussi l’exemple très frappant de Claire Chazal, célèbre journaliste de France télévision qui a été éditée « les yeux fermés », à un nombre important.

À ce propos, je vous raconte une anecdote. Un homme, inconnu, s’est permis de recopier intégralement le livre en question, en lui changeant de titre. Aucun éditeur ne l’a accepté, y compris celui qui l’avait édité… C’est dire si les jeunes auteurs sont lus, avant de voir leurs manuscrits rejetés.

Votre style est proche de celui de Feraoun…

Comme je l’ ai dit à différentes occasions, je reconnais être sous l’emprise de l’influence de Mouloud Feraoun, mais aussi de Victor Hugo, les premiers avec qui j’ai fait « connaissance ». Je pense que, dans le premier chapitre, le style de Feraoun est largement présent. Je me reconnais aussi dans l’écriture de Tahar Djaout, mais je pense qu’il avait la même influence… Je n’ai pas dit « feu Tahar Djaout », dans mon esprit, il est toujours vivant, autant que Mammeri.

Dans le livre, on reconnaît aisé­ment certains quartiers de Tunis et de Tripoli, mais, quand on lit les passages qui parlent du Lycée Ibn Sina, on ignore complètement dans quelle région on se trouve. Est-ce une omis­sion volontaire ?

Là. tu me poses une colle. D’abord, avant ta remarque, j’ignorais que je n’avais pas cité Bejaia (Bgayet). Ensuite, le fait est à la concen­tration de l’esprit, lors de l’écriture, sur les lieux où vivait réellement le person­nage, au moment même où se passaient les choses dites. Il est vrai que, à travers les pensées de Hamid, puis de Kaci, une rétrospective est faite, on revient à une certaine période de la vie des deux personnages, qui s’était déroulée dans cette ville.

D’un autre côté, c’était peut-être instinctif, certains personnages féminins pourraient, si on délimitait géographi­quement l’histoire, être reconnus… Ces personnes (ParticulIèrement deux) peu­vent s’y reconnaître, mais leurs proches ne le pourront peut-être pas. Quant au nom du ou des Lycées, il doit y avoir dans d’autres villes.

Le livre est-il autobiographique ?

Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est une autobiographie, mais il est largement autobiographique, puisqu’il retrace un itinéraire vécu, aussi bien par son auteur que par les divers personnages présents dans l’histoire. Mais, comme ça reste un roman, il y a une grande part de fiction, particulièrement la dernière partie qui, elle, est totalement fictive.

Vous êtes connu comme poète, et voilà que vous publiez un roman. Est-ce une évolution ?

Je ne pense pas en termes d’évolution et de régression. Étant deux genres littéraires différents, je pense qu’ils sont parallèles, sans être incompatibles.

Il est vrai que je suis connu (dans mon restreint milieu, bien sûr) comme poète. parce que je me suis produit pendant trois années consé­cutives au festival national de la poésie, qu’ organise chaque année l’ Association Soummam. mais le besoin de m’exprimer autrement que par la poésie. je l’avais toujours en moi même si l’occasion ne m’avait m’avait jamais été offerte de le faire.

Déjà, à l’école primaire, alors que j’étais à peine capable d’aligner un sujet, un verbe et un complément, je m’essayais à imiter les textes de Feraoun, et je construisais de petites « histoires, que je cachais, avec mes « Blek Le Roc », « Zembla », « Akim »,… Dans un buisson. non loin de chez nous. (Rire). Je les cachais. car. une fois à la maison, mon cartable était systémati­quement fouillé par mon père et, par­fois. par mon grand frère qui s’était érigé en deuxième tuteur. (Rire).

Une situation de conflit revient tout au long de l’ histoire…

Effectivement. J’estime qu’il est plus aisé d’orner l’histoire, mais je pense qu’elle ne refléterait pas « Ma vérité »… La génération dont je veux parler est en conflit perma­nent… Et puis. comme j’avais dit plus haut que le livre était quelque peu auto­biographie. j’ai respecté le véritable itinéraire parcouru… C’est vrai aussi que j’ai totalement effacé les bons moments vécus par le personnage. Même quand j’y reviens, je les assombris, en quelques sortes… Peut-être est-ce dû à la souffrance et à l’amertume du moment ?. L’exil n’est doré que dans les esprits de ceux qui le voient de loin.

D’autres projets d’écriture ?

J’ai d’autres projets, sans voir en l’écriture un avenir en ce qui me concerne. Pour diverses raisons, à com­mencer par le problème de langue. Je ne me sens pas capable de maîtriser le fran­çais au point de faire une carrière dans l’écriture… Je suis encore plus faible dans ma langue, malgré tous les efforts que j’ai dû fournir dans le passé.

Ceci dit, j’ai un recueil de poésie (en français) déjà prêt, trois autres romans, ainsi qu’un recueil de nouvelles.

Et en Tamazight ?

J’avoue que, dans ce domaine, je n’ai rien de nouveau. Tout ce que je possède date. Ce sont les poèmes que j’ai toujours présentés aux poésiades de Bejaia, ainsi que les paroles que j’ ai écrites à un jeune chanteur, disparu à la force de l’âge, Belkacem Khennoussi, qui avait beaucoup de talent, mais qui n’a pas eu le temps de l’exprimer… A Timezrit, tout le monde le connaissait et l’admirait. J’ai entendu dire que son neveu est sur le point d’éditer la cassette que ce chanteur disparu avait eu le temps d’enregistrer en France. J’espère de tout cœur qu’il réussira cette entreprise.

Un dernier mot ?

Je tiens à remercier l’Hebdo n’Tmurt de m’avoir ouvert ses colonnes. C’est une très bonne initiative qui vient enrivhir le paysage médiatique, donc qui apporte un plus à la presse algérienne en général et locale, en particulier.

Mémoires remuées Roman – Éditions Art Com, Paris, 2000

12 Réponses à “Makhlouf Bouaïch. Un écrivain pas comme les autres”

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  1. Makhlouf dit :

    Salut Monique.

    Malheureusement, je suis véritablement en panne… D’ordinateur (je n’arrive pas à récupérer mes écrits) et d’inspiration (je n’arrive pas à finir sans mes notes.
    Ce sera donc dans un avenir assez lointain.

    Merci pour les encouragements.

    Makhlouf.

  2. ahcene MARAGHNA dit :

    Bon courage frère !

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