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Abderahmane Zakad, un Bougiote (Ingénieur-Urbaniste-Romancier) écrit à Madame la ministre de la culture

Posté par coinlitteraire le 24 octobre 2014

 Bougie_Lecture

A Madame la Ministre de la Culture,

 

Objet : Comme suite aux rencontres sur le livre et le cinéma organisées  en juillet 2014  à la B.N

 

De ma ville de Bejaia, je vous adresse mes salutations ainsi qu’à tout le personnel du Ministère de la Culture.
Cette lettre se veut comme proposition modeste et contributrice pour l’amélioration de notre champ culturel et particulièrement au livre et à la lecture.

Les débats qui ont eu lieu lors des rencontres que vous avez initiées en juillet 2014 ont été fructueux. Chacun de nous, parmi les présents, a pu soumettre ses idées et son expérience. J’ai été, personnellement, intéressé par vos propositions sur la manière de prendre d’autres chemins pour explorer ce que l’on peut faire afin que notre champ culturel s’améliore et s’enrichisse.

De 2.000 à 2014, le ministère de la culture a entrepris beaucoup de choses, certaines bonnes d’autres moins bonnes. Je pense qu’un jour, un bilan critique de ce qui a été entrepris dans le domaine de la culture pourrait être fait. Cela permettrait  de connaître, de corriger et améliorer la gestion et la production culturelles dans notre pays. Cependant et de l’avis de nombreux spécialistes dont mon ainé et ami Mr. Kaddour Mhamsadji, l’aide au livre telle qu’elle a été pratiquée ces 10 dernières années en aidant les éditeurs n’a pas porté ses fruits. Il s’en est suivi l’apparition d’une pléthore de Maisons d’Edition, n’ayant aucun lien avec le livre, attirée par l’appât du gain et qui ont nui au Livre. Ce qui est sûr c’est qu’on a étoffé les statistiques mais brisée l’incitation à la lecture étant donné la qualité et le contenu des œuvres éditées dans ce système mis en place hélas de bonne foi. De plus, qu’elle soit en langue arabe ou en langue française notre littérature est devenue la risée de beaucoup de monde.

Voilà, donc un cas où les mauvaises décisions prises au sommet de la pyramide se répercutent vers la base d’une façon catastrophique qui va durer un long moment, c’est-à-dire ce que durent les livres.

Madame la ministre,

Vous avez une mission des plus difficiles mais des plus nobles: changer le « Monde » !

Il faut sortir de l’ombre vers la lumière. Les choses de l’esprit, la culture dans son ensemble ne peuvent se comprendre, se mouvoir et se parfaire que dans la clarté et l’éthique. L’ennemi à tout cela c’est l’ignorance. Et quand s’ajoute  l’accaparement pour l’enrichissement, le socle culturel est alors érodé et la stèle tombe. Ce qui déjà nous arrive.

Parmi tous les points que vous avez soulevés lors de ces rencontres, ainsi que les orientations que vous avez données, un point a retenu mon attention. C’est celui concernant la production culturelle en direction des jeunes.

Madame, vous avez tout à fait raison car votre directive est importante, stratégique et tout à fait justifiée. Ce sont les jeunes d’aujourd’hui qui seront les hommes de demain. C’est eux qu’il convient de prendre en charge, c’est vers eux qu’il faut se tourner. Les adultes pourront toujours se débrouiller par leur jugement et leur appréciation, le marché de la culture leur est ouvert. Ce qui n’est pas le cas des jeunes, isolés et inexpérimentés, surtout qu’on n’a pas la chance d’avoir des parents attentionnés et lettrés pour servir de guide.

Il ne convient plus de savoir si les gens lisent ou ne lisent pas. L’adulte a accès aux loisirs et aux produits de la culture en toute connaissance, selon ses désirs et son libre arbitre. En plus, cela relève d’un aspect commercial: acheter ou ne pas acheter un produit culturel. L’arbre a poussé, il a ses frondaisons.

Alors qu’au contraire, s’intéresser et orienter les jeunes vers les choses de l’esprit, c’est mettre un tuteur à un arbuste pour que son développement soit guidé, droit et riche de branches. Ce tuteur peut alors lui assurer le chemin de l’avenir par la curiosité, l’ouverture sur le monde, les connaissances et le développement de la personnalité ; cela, dès son jeune âge et surtout dès l’adolescence. C’est une RÉVOLUTION à entreprendre afin de changer la perception acquise dans le passé concernant notre champ culturel orienté vers les adultes alors que nos librairies, nos musées, nos cinémas sont vide d’enfants et d’adolescents. (1)

Ces dernières années, la production culturelle, tous domaines confondus, a été axée vers les adultes.  Les hommes et femmes  d’aujourd’hui – les contemporains d’une époque – consomment une culture qui est le produit de la dite époque tout en étant imprégnée anthropologiquement par la culture des  époques antérieures, diversifiée. Cette partie de la population, mûre et avertie, est favorisée ce qui n’est pas le cas de la population jeune (6 à 12 ans) ainsi que des adolescents (15 à 18 ans).

Suite à une enquête personnelle de visu et d’écoute, j’ai constaté que seulement 10 %  de la production culturelle concerne les jeunes (cinéma, télévision, livres en tous genres, festivals, chansons – excepté la bande dessinée et les dessins animés). Alors que cette population compte pour presque 30 % de la population totale selon la pyramide des âges, sa part dans le champ culturel n’est pas en rapport de sa masse. Je ne soulève pas le cas des catégories des populations qui n’y accèdent pas : enfants d’ouvriers, enfants de ménages à faible revenu, population des bidonvilles, population du sud ou des zones déshéritées, etc. Une étude est à faire dans ce domaine pour connaitre l’impact de la production culturelle dans notre pays vis-à-vis de ces populations jeunes et des différentes strates de la population.

Aussi connaissant cette situation, mes romans et mes projets d’écritures vont en direction de cette jeunesse.

Je vous prie d’accepter mes salutations distinguées accompagnées de deux livres écrits pour les jeunes et d’un autre en préparation. (Sur mes 13 romans et Nouvelles).

 N’accordant aucun intérêt aux maisons d’édition existantes (2),  je signale que j’édite mes livres moi-même, les distribue moi-même et les vend sur l’agora de la Grande poste ainsi que dans la rue à Béjaia. Ce qui me rapproche des jeunes lecteurs avec qui j’apprends énormément.                                                                                                                                                                                                                                                          Abderrahmane Zakad – Ingénieur-Urbaniste/Romancier
8, escaliers Chellaoua
BEJAIA

——————————————

(1) El Watan a fait paraître le 29.12.2014 en page 5 un article intitulé « ETUDE SUR LE REVENU MENSUEL DES MENAGES », synthèse d’une étude faite par le SNAPAP (Société algérienne de Psychologie).

On remarque qu’il est montré pour ce concerne les dépenses des ménages,  trois graphes : NUTRITION – SANTE / SOINS- SCOLARITE / SCOLARITE – ENERGIE.

Le poste concernant les dépenses des ménages pour les loisirs, la culture ou les choses de l’esprit n’apparaît pas. C’est un indice qui montre l’intérêt que l’on accorde à la culture.

(2) Seules trois ou quatre Maisons d’Edition peuvent être qualifiées de cette appellation.  Je connais trop le sujet, ayant collaboré avec la très sérieuse maison d’Editions Marsa/Paris et Marsa /Alger et travaillé à l’OPU comme conseiller au Livre et lecteur/correcteur.

NOTE:

Un Constat désolant et un indice qui montre l’absence de communication ou le peu d’intérêt qu’accordent les citoyens aux choses de la culture.

-J’ai écrit 11 romans dont 3 romans sont des récits ou des nouvelles concernant Bejaia. (Aucune personne de Bejaia ne les a lus, à l’exception de quelques amis à qui j’en ai parlé.)

-J’ai réalisé 3 films sur les vieilles villes (Constantine, Tlemcen, Alger) – Films professionnels.

-J’ai écrit une dizaine de textes pour des conférences qui concernent le PATRIMOINE, LES TECHNIQUES PAYSAGÈRES, LES ESPACES DE JEUX POUR ENFANTS, LA MAITRISE D’OUVRAGE, etc.

-Une centaine d’articles en tous genres ont paru sur les quotidiens et particulièrement des articles qui concernent la critique littéraire et la critique d’art (Peinture).

En 20 ans, J’ai été invité par trois universités pour des conférences alors que je suis disponible :

-Université de Constantine. Thème de la conférence : Le roman algérien. (Invité par Abdelali Merdaci)
-Université de Saida. Thème de la conférence : le roman TRABENDO. (Par le chef de département lettres)
-Université de Sétif. Thème de la conférence : L’architecture Islamique. (Invité par Madame Bouadjadja.)

 Vous aurez compris, Madame la ministre, que ce n’est pas pour parler de moi que je porte à votre connaissance tout cela. A 76 ans, mes ambitions sont comme sur un palimpseste : effacées.  Si ce n’est le bonheur de communiquer avec une jeunesse à qui on doit transmettre et servir d’exemple. Hélas, les choses font qu’aujourd’hui le « mal » transcende du fait de l’ignorance ce qui pousse le « bien » à s’isoler quand il ne se cache pas.

Je ne finirai pas sans dire que c’est regrettable que les gens de Bejaia n’ont pas lu des livres qui traitent de leur ville et ne savent pas que parmi eux vit un « pauvre romancier» qui les aime veut leur donner. Est-ce un manque d’intérêt ? Un manque de communication ? Je pense que les directeurs de la culture dans les wilayas  ont un important rôle à mener dans ce domaine.

Cependant, je me réconforte en pensant que je ne suis pas le seul. Mon ami Kaddour M’hamsadji en sait quelque chose, lui notre ancien, lui qui a été l’un des premiers membres de l’Union des Ecrivains sous la présidence de Mammeri (Oct.1963), lui qui a vu ses livres traduits en chinois, lui qui a écrit le premier livre « Comment concevoir une émission radiophonique » en 1974, lui qui  a vu son livre «  Le silence des cendres » porté à l’écran. Et, des ANCIENS, on en a besoin, pour servir de rampe sur quoi on s’appuie. Surtout dans le monde de la culture. (A.Z)

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