20 avril 1980 : 34 ans après… Makhlouf Bouaiche s’exprime ‑

Posté par coinlitteraire le 2 mai 2014

Bouaiche_écrivain

Le 20 avril dernier, la Kabylie fêtait le 34ème anniversaire du Printemps berbère. Makhlouf Bouaïche, une figure de la culture amaziɣ,  s’exprime. Makhlouf Bouaïche : « Cette liberté soudaine de parler de l’existence de tamaziɣt, langue et culture réprimées auparavant, aussi bien en Tunisie qu’en Libye…» Né en 1955 à Akabiou ( Bgayet), Makhlouf Bouaïche est un militant de la cause amaziɣ de la première heure.
Il connaît les geôles dès 1975, à Constantine et Blida. En 1986, il est incarcéré une année à la prison civile de Bgayet dont sept mois d’isolement. Il y écrit un roman intitulé « Le prix de la liberté », inédit à ce jour. En 1996, Makhlouf Bouaïche quitte l’Algérie pour s’installer en France après avoir séjourné en Lybie… Son roman « Graine d’exil » qui s’inspire de sa propre expérience de jeune homme contraint à l’exil en Tunisie, en Libye puis en France où il vit actuellement, dresse le portrait de deux jeunes algériens qui, malgré tout ce qui les sépare, se retrouvent embarqués dans la même tragédie de l’exil forcé : le narrateur est un jeune instituteur qui rêve de devenir journaliste, il aime les livres et les analyses politiques alors que Kaci, sans diplôme, est un businessman transfrontalier. Dans cet entretien, Makhlouf Bouaïche revient sur son roman « Graine d’Exil » paru aux éditions Tira (Algérie) en 2013.  

L’Est Républicain : Graine d’exil est l’un des rares romans sur l’exil de jeunes – Algériens en Tunisie et en Libye dans les années 1990. L’avez-vous vécu pour l’avoir si bien décrit ?

Makhlouf Bouaïche : Oui, j’ai moi-même vécu cet exil, je l’ai décrit tel que je l’ai connu et tel que beaucoup de compatriotes connus sur place (Tunis et Tripoli) l’ont aussi vécu. Je voulais aussi mettre l’accent sur le fait que l’exil est le même, qu’on parte vers l’Occident ou ailleurs. Dans nos têtes, nous Algériens, l’exil, c’est presque toujours la France. Cela se comprend, car l’émigration massive des années 40 (années 20 pour certains) est restée dans les têtes.

Aujourd’hui, ces deux pays ne sont plus ceux de votre roman…

Effectivement. Ce qu’on appelle communément le Printemps arabe est passé par là. Reste à savoir s’il y a réellement changement ou si c’est juste le pouvoir qui a changé de main et pas les pratiques. Le seul changement qui me paraît palpable, c’est cette liberté soudaine de parler de l’existence de tamazight, langue et culture réprimées auparavant, aussi bien en Tunisie qu’en Libye. 

A travers le personnage de Hamid, est-ce une Algérie moderne et révoltée que vous mettez en scène ?

C’est généralement ce que montrent les retours que j’ai eus de la lecture du livre. Au départ, je voulais simplement décrire et faire ressortir cette ambiance existant chez une grande majorité de la jeunesse des années 90. Je voulais mettre en valeur, par le biais de ce personnage, ces idées dominantes du moment… Ça pourrait être aussi cela « une Algérie moderne ».

Pourquoi les articles politiques dans le récit, puisque Hamid qui les écrit est hors du coup ?

Non, Hamid n’est pas hors du coup. Au fil de notre lecture du roman, on devine le passé de Hamid, qui n’était pas éloigné de la politique. Seulement, dans son exil, il tenait à ne montrer que ce côté « nostalgie » et rien d’autre, afin de couper avec toutes les discussions qui pouvaient le ramener à ce qu’il avait vécu en Algérie : les discussions des cafés, les lectures que chacun se faisait des journaux, etc.

Le personnage de Kaci « un businessman de la valise » paraît plus authentique que Hamid. Que représente-t-il à vos yeux ?

Kaci, ce « businessman de la valise », comme il est décrit dans le roman, représente une autre frange de notre société. Ce n’est pas tout à fait un « sans-soucis », puisqu’il en a, mais c’est plus un terre-à-terre qui vit au jour le jour, plus pour oublier la dure réalité dans laquelle il vit que par absence de souci… Contrairement à Hamid qui sent une grande responsabilité posée sur ses épaules.

A la fin du récit, Hamid revient dans sa Kabylie natale pour être assassiné par des terroristes dans un cimetière. Cette mort est-elle symbolique ?

Cette mort du « héros » est effectivement symbolique. C’est l’Algérie de Hamid qui est assassinée. En effet, à son retour au pays, dès sa descente de train, Hamid ne reconnaît plus rien. L’Algérie de ses souvenirs avait définitivement disparu. De la gare « désertique » jusqu’aux personnes rencontrées sur son chemin au village, il ne reconnaît plus rien.

Le roman est écrit à la 3e personne. Hamid aurait très bien pu écrire son témoignage comme ses articles, son combat pour la cause amazighe, les libertés démocratiques  …  

Le narrateur raconte la vie de Hamid, et non Hamid lui-même qui la raconte, car, comme vous l’avez relevé dans votre question précédente, ce personnage meurt à la fin du roman… Alors le narrateur s’est chargé de le faire pour lui. Cette explication mise à part, j’avoue que j’ai du mal à raconter à la première personne, particulièrement quand des pans entiers de ma propre vie sont repris pour construire la vie du personnage. 

Rachid Mokhtari

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