Déclaration du Café Littéraire de Bgayet

Posté par coinlitteraire le 14 avril 2014

SACCAGE DE LA MAISON DE LA CULTURE DE BEJAIA
COMBIEN LA CENSURE A-T-ELLE COÛTEE ?
     Toute la propagande officielle visant la diabolisation de l’action pacifique bien organisée menée par des manifestants ayant réussi, pour la première fois depuis le début de la campagne électorale, l’empêchement du meeting de Abdelmalek Sellal du samedi 5 avril 2014 à Bgayet, s’attribue l’objectif suivant : présenter la population locale, très hostile au 4ème mandat de Bouteflika et au régime, comme étant violente et nihiliste.
     En réalité, le pouvoir était visiblement surpris par la détermination des manifestants, non violents, qui, pendant quatre heures (de 9h à 13h) assiégèrent cette bâtisse enveloppée d’aluminium malgré la présence d’un imposant dispositif policier, mettant ainsi fin à la tapageuse ballade électorale de Sellal qui n’a pu y accéder pour rencontrer des partisans soudoyés, ramenés de contrées lointaines pour soutenir un candidat-président impotent. Cette victoire symbolique des manifestants est passée en travers de la gorge du pouvoir. Il fallait donc la discréditer pour qu’elle ne constituât point un exemple stimulateur d’initiatives similaires.
    Malgré l’annulation du meeting de Sellal, un climat de tension est sciemment entretenu jusqu’en fin d’après-midi. L’émeute s’étendit jusqu’aux quartiers alentours et l’affrontement entre policiers et manifestants perdura jusqu’à l’embrasement de la maison de la culture en fin de journée. En voilà donc un prétexte incisif pour les autorités et les médias officiels (y compris les chaînes TV privées) pour déverser un incessant flot d’interprétations mensongères et calomnieuses sur l’action des protestataires pacifiques. Les réactions pleurardes des représentants du gouvernement, au niveau local et central, déplorant hypocritement les pertes subséquentes à la dégradation de la maison de la culture, expriment en réalité moins leur respect à la culture qu’une volonté de culpabilisation outrancière des manifestants pour avoir réalisé un exploit politique en réussissant à donner un coup de balai à un piètre propagandiste, comme si on eût chassé un malpropre de chez soi. La ville de Bgayet doit au contraire être fière de cette belle revanche des citoyens, qui ont su donner une grande leçon de courage, que le pouvoir ne va jamais laisser se propager comme un exemple pour les millions de révoltés algériens. Si le saccage de cette enceinte culturelle avait tant ému les officiels, ce n’est certainement pas en raison de sa vocation naturelle, mais parce qu’elle constitue un irremplaçable outil de propagande politique cher au pouvoir. Les actions de ce dernier sont en majorité relayées via cet édifice qui diffuse surtout la politique culturelle gouvernementale, interdisant formellement toute expression libre venant d’associations, collectifs culturels, femmes ou hommes de culture indépendants, dont la vision ne fusionne pas avec celle du ministère de la Culture ou même des autorités locales. Les différents services de la wilaya étaient à maintes reprises à l’origine de ces interdictions. C’est l’une des raisons principales de la cristallisation d’une haine viscérale sur cette bâtisse, parce qu’elle donnait la nette impression qu’elle appartenait aux autorités, non aux citoyens Bédjaouis. Toutes ces entraves répétées à longueur d’années ne constituent-elles pas une violence profonde à l’encontre de citoyens ? Sellal devrait maintenant comprendre ce que représente une interdiction d’activité quelle qu’elle soit, lui qui vient tout juste d’en faire l’expérience. Puisque l’heure est à l’évaluation du saccage de la maison de la culture, les autorités devraient aussi évaluer ce que la censure immonde a coûté. Jamais la culture n’aura connu une si grande indigence, comme cela a pu être le cas pendant toutes ces années d’opulence, de clientélisme et de gabegie. Si l’on ne doit pas de toute évidence justifier le saccage d’édifice public ou privé pour quelque raison que ce soit, il ne faut pas non plus éviter les questions de fond que le pouvoir cherche à éluder. Aujourd’hui, il est de plus en plus pressant d’agir pour que tous ces espaces d’expression, verrouillés par le pouvoir, fassent l’objet d’une réappropriation effective par tous les acteurs politiques, culturels, sociaux et humanitaires. Il faut que ces espaces reviennent enfin aux citoyens. La tâche ne sera pas simple, mais si ces acteurs-là décident de se battre unitairement pour cet objectif, tout sera possible.
Café littéraire de Bgayet Le 10 Avril 2014
Fin de la conversation

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