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Poésie (par Abderahmane Zakad)

Posté par coinlitteraire le 11 février 2013

Poésie (par Abderahmane Zakad) nuits-de-bougie-300x40

La rue est déserte, une porte rugit,
Le vide envoûtant des nuits de Bougie.
Nuits sans mouvements, sans bruit et où l’air
Mélange son parfum à l’iode de la mer.

On frôle distrait les verdures dans l’ombre
Et les rythmes digitales bourgeonnant de poésie
Epanouies de floraisons de senteurs sans bornes
Bougie ! Bougie ! Nuits d’été et frénésie

Le frisson des ramures que love l’alizé,
L’orgueil de l’ipomée pour l’abeille câlinée,
Le musc arrogant du galant de nuit,
La cigale qui craquette, la luciole qui luit.

S’entend la mélodie d’un rire velouté
D’une femme romantique et charmeuse.
Il pleut la mélancolie tombant du ciel voûté,
L’ambre et le benjoin sur la cité radieuse.

Piaffant et roucoulant près d’une porte close
Un amoureux transi qui piétine les roses
La femme s’esclaffe, chaste et puritaine
Vive et sensuelle sans être hautaine

Le chant tragique d’un luth s’atténue
Emportant vers le large la musique et le rythme
Il garde à l’horizon sur la mer et aux nues
La mémoire antique en des pics charnus

Le mouedden appelle et s’entend tout près,
Un passant se hâte, l’ombre décroît,
Une chatte, sans ombre, se retire assurée
La ville s’endort dans un rêve de soie.

On ferme les yeux pour mieux ressusciter :
– Datus le romain et Saldae du fond des âges*
– Nacer ibn Hamad dans la Casbah l’été
– les tribus fatimides campant sur la plage

Ibn Toumert  venant de loin
Pourchassait une jeunesse gaie
Qu’Ibn Khaldoun avec  tant de soins
Préparait  au combat contre Charles Quint*

Nul geste n’aurait ce soir arraché,
La corde du chalut au port amarré.
La lune traîne, ronde et assagie,
Hésite et s’arrête sur le golfe de Bougie.

Quand les poètes pour plaire à Bougie
Epelleront les vers sans savoir qu’aujourd’hui
Malgré le temps qui coule et les stances qui fuient
Ils auront aimé qu’on lise leur symphonie

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Je te dédie ce poème dont nous avions parlé
Dans un long suintement de ce matin d’hiver
Où l’image et le mot que tu sus nous donner
Ont caressé, frénétiques, le fenouil de ta chair.

Tes pensées exposées aux cœurs des hommes hagards
Leurs doutes abominables que tu noyais d’argile
Dans tes billets vibrant sous l’onde de ton regard
Tes harangues à la plume aux sonores vigiles.

Cet intime combat que tu as toujours mené
Dans les près de ton cœur et dans les froides cimes
Refusant le laser et les prêches chantournés
Tu dévoiles, insinués, les fetwas et les crimes.

Sais-tu que tu étais Puissant sans que tu le saches
Tempérant les idées de ceux qui nous trompaient
Tu es parti trop tôt, ta mort était l’heure H
Entre leur monde qui meurt et le tient qui renaît.

Je te dédie ce poème dont nous avions parlé
Tu mûrissais le blé tes idées étaient claires
Nous récoltons enfin ce que tu as semé
La liberté de dire dont tu peux être fier.

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tibane-300x34

C’était à Tibane, chez les ath Oughliss,
J’ai dit au sculpteur dépose ton burin
Aux musiciens aussi votre tambourin
Suivez-moi vers l’Akfadou qui crisse

J’ai revu alors les murs de pierres sèches
Et les toits inclinés à l’angle du soleil
Le petit ruisseau qui descend la campagne
Et les cyprès bleuis qui désignent la lumière.

Je siffle un refrain  d’accent de romarin
Et des rêves d’enfants cachant la pierre antique
Cette terre a gardé les signes d’un autre âge
Où la couleur hante les murs bâtis du ciel.

La tuile ondule sous un ciel de caresse
Plus bleu que plus bas dans l’oued assagi
La vague des toits rouges brise la porte d’ombre
Où se sont enfouis les hommes d’un autre temps

Je marche doucement dans des pensées sans nombre
Dans les chemins cachés dans les temps engloutis
Et les champs d’oliviers me parlent de l’enfance
Bouquets de mes printemps à mes yeux cachés

C’était à Tibane, chez les aths Oughliss
Le souvenir s’enfuit comme vol d’hirondelle
J’entends le burin du sculpteur qui crisse
Le son du  tambourin qui s’en va à tire d’aile.

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timimoun

Quand les vaches pondront des œufs
et que les poissons auront des pattes
on ira dans l’oasis nous deux
je t’aimerai fort et on s’éclate

Quand il neigera à Timimoun
je chanterai sous ton balcon
je te rejoindrai sous la doudoune
Et te ramènerai des flocons

Je t’emmènerai en voyage de noces
plus au sud chez les caravaniers
sur le sable nous ferons un gosse
dans l’oasis sous un palmier.

Nous irons loin vers l’aventure
en laissant sur le sable nos traces
l’amour les rimes et les murmures
et  nos pleures aux larmes lasses

Je t’expliquerai les mirages
l’esprit et la langue des yeux
la rosée les mots en feuillage
le litham et l’infini des cieux

Quand les vacances sont terminées
on remerciera les touaregs
ils nous garderont le bébé
il grandira chez eux dans l’erg

Et le temps passe et l’âge avance
on frôle les souvenirs du passé
on se remémore nos vacances
dans l’oasis sous les palmiers

On a vieilli dans nos pensées
A Timimoun on retournera
Revoir la neige et nos baisers
et notre fils qui nous dira :

« Je suis content vous êtes venus
je suis le chef de la tribu
merci papa merci maman
de m’avoir fait sous un palmier
c’est maintenant votre maison
l’oasis l’erg les caravaniers »
A Timimoun on sera que nous deux
à rêver en dégustant des dattes
quand les vaches pondront des œufs
et que les poissons auront des pattes

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