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« Nous étions un peuple de lions, nous sommes devenus un peuple de moutons »

Posté par coinlitteraire le 14 décembre 2011

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(Par Nabila GUEMGHAR). En ce samedi 10 décembre 2011, la voix d’Annie Fiorio-Steiner a résonné … au Théâtre Régional de Béjaïa s’est faite l’écho de Fernand Iveton, exécuté avec ses compagnons Mohamed Ouennouni et Mohamed Lakhneche, un certain 11 Février 1957.

C’est principalement pour lutter contre l’oubli et par devoir de témoignage qu’elle a décidé de parler. «La Moudjahida Annie Fiorio Steiner, une vie pour l’Algérie» est le livre qui a été présenté lors de la rencontre organisée par le Café littéraire de Béjaïa, ce samedi, en présence de son auteure la journaliste-écrivaine, Hafida Ameyar. Un témoignage poignant édité avec le concours de l’association Les Amis de Abdelhamid Benzine, au mois de septembre de cette année. C’est avec lucidité et non sans émotion que Madame Steiner est revenu sur son engagement au sein du FLN et cela dès Novembre 1954. «Je n’ai fait que mon devoir avec des milliers d’autres algériens» tenait-elle à préciser. Elle n’avait, à cette époque, que vingt cinq ans. Altruiste et humaniste, son militantisme pour l’indépendance algérienne lui a valu une tragédie pour le moins bouleversante. Après son incarcération pendant cinq longues années à Serkadji, El Harrach, Blida et, par la suite, Paris, Rennes et Pau, dans des conditions très difficiles (promiscuité avec les détenues de droit commun, intimidations, menaces de la part de ces dernières et de certaines gardiennes de prison sans scrupules), le drame s’est poursuivi pour la toucher au plus profond de sa chair et de son être. Et c’est là qu’il se dédouble pour se faire plus ressentir ; mise à l’écart par sa famille et certains proches amis, qui ne comprenaient pas le sens de son engagement, rupture de contact avec ses deux filles à cause d’un mari n’ayant pu admettre, lui non plus, son rôle très actif aux cotés des Moudjahidine. N’étant adhérente d’aucun parti ni structure politiques, son engagement s’est fait, explique la Moudjahida, à titre personnel. Hafida Ameyar revient, pour sa part, sur les conditions de la naissance du projet d’un livre témoignage. Elle rappelle à l’assistance que ce fut lors d’un colloque organisé par l’association Les Amis de Abdelhamid Benzine, sur les avocats du FLN lors de la guerre de libération, qu’elle a fait la rencontre d’Annie Steiner. Ce jour-là, l’ex-agent de liaison du FLN, eût à intervenir pour rectifier une vérité historique sur un épisode-clé, objet de polémique ; celui de Mellouza. Pour Annie Steiner, il s’agissait d’une expédition punitive de l’armée française sur le village de Beni Illmane, non loin de Mellouza ; fief du FLN et non du MNA, comme l’écrit par ailleurs Hafida Ameyar dans son livre. Un seul son de cloche se faisait entendre, celui mettant en accusation le FLN, thèse que réfute Annie Steiner en insistant sur le travail de mémoire. En réponse à une question à propos de l’arabisation, et des propositions élaborées par son ami Mustapha Lachraf à ce sujet, Madame Steiner n’a pas hésité à manifester son désaccord à propos de cette politique d’empressement, de démagogie et de trop-plein idéologique avec laquelle ce dossier est mené depuis l’indépendance. «Malheureusement, Lachraf était venu trop tard», dit-elle avec regret. Interpellée sur la polémique qui a opposé Louisette Ighilahriz et Yacef Saadi, la Moudjahida invite l’assistance à lire le livre dans lequel elle revient sur la question et salue le courage de l’autre Moudjahida (Louisette) qui a osé parler de la torture. Mais elle est désolée et déçue du sort réservé aux anciennes combattantes et à la femme de manière générale, reléguée au rang de mineure à vie par le code de la famille. Elle rappelle, à ce propos, la grandiose marche du 8 mai 1965 qu’elle a menée avec ses concitoyennes. Annie Steiner regrette également la tournure des événements après l’indépendance. D’un ton révolté et qui refuse la soumission, elle assène à l’assistance : «On a perverti notre peuple, nous étions un peuple de lions, voyez ce qu’on a fait de nous aujourd’hui, un peuple de moutons». A une journée de la célébration du 11 décembre 1960, la conférencière s’incline devant la mémoire de nos valeureux martyrs qui «ont fait de l’Istiqlal une réalité», Ben Mhidi et Abane, «le tandem du congrès de la Soummam, mais elle se désole au même temps car, «Ben Mhidi c’était la France, mais Abane c’était nous». Elle conclut cependant sur une note d’espoir et dit avoir confiance en la jeunesse. «Nous finirons par nous relever», assène-t-elle. Les deux invitées du café littéraire se sont vues remettre chacune une caricature de Ainouche Ghilas et le débat s’est poursuivi dans le hall du théâtre, lors de la vente dédicace.

Notes biographiques

Pour Rappel, Annie-virginie Blanche Fiorio est née le 07 Févier 1928 à Hadjout (ex- Marengo), wilaya de Tipaza. Le 20 décembre 1951, elle épouse le Suisse Rudolf Steiner et aura avec lui deux filles. Elle est la fille unique d’une famille de pieds-noirs installée en Algérie depuis trois générations du côté de son père. Elle a fréquenté l’école primaire de Boufarik, le collège (EPS) à Sidi Bel Abbès, et le secondaire à Blida à l’ex-Lycée Duveyrier, aujourd’hui Ibn Rochd. Elle travaillait à la bibliothèque des centres sociaux, sise à ex-rue Luciani, El Biar, quand le premier Novembre à éclaté. Sa rencontre avec Bachir Hadj Ali, secrétaire du PCA était déterminante pour son engagement. Agent de liaison du FLN, elle est arrêtée fin 1956 et inculpée, entre autres, pour reconstitution de ligue dissoute, fabrication d’explosifs, atteinte à l’ordre public … Condamnée lors du procès dit «des Médecins», en 1957, en plein «Bataille d’Alger». Après l’indépendance, elle a travaillé au secrétariat général du gouvernement jusqu’à l’âge de la retraite. Elle n’a pas réclamé ni sa pension de Moudjahida ni sa nationalité française. Elle continue à militer pour toutes les causes nobles.

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Malika ARABI invitée du Café Littéraire de Bgayet

Posté par coinlitteraire le 5 décembre 2011

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          (Par Nabila Guemghar). Eclats de vie, le livre que Malika Arabi est venue présenter au public, lors d’une rencontre organisée, samedi dernier, dans l’enceinte du salon convivial de la Maison de la culture, par le Café Littéraire de Béjaïa.

          Dans une ambiance intimiste, jalonnée par le doux son du luth, que manie, à merveille, le jeune et talentueux Mokrane Tighremt, l’invitée du Café Littéraire s’est livrée, à cœur ouvert, à l’assistance qui l’interrogeait sur son œuvre. Elle a répondu sans ambages à certaines questions sensibles qui n’ont pas manqué de soulever un débat passionné et passionnant parmi les présents.  »La religion est l’opium des peuples« , assène-t- elle, en réponse à un intervenant pour qui seule la laïcité est à même d’endiguer la montée en puissance de l’islamisme, et d’inviter le public à lire son livre où un chapitre entier à été consacré à la question.

          Le débat était aussi l’occasion de revenir sur son récit, une autobiographie plurielle où l’histoire personnelle est intimement liée au destin tragique de sa famille (le père, la mère, le frère et la sœur emprisonnés par l’armée coloniale, subissant les pires sévices), ce n’est pas pour rien qu’elle s’est mise, à la fin de sa carrière de professeur de l’enseignement moyen, à écrire. D’ailleurs, pour elle, l’écriture est une catharsis, un besoin vital pour se guérir,  »j’écris pour me soulager, pour exorciser le mal qui me ronge« , affirme Mme Arabi, et d’insister pour dire que l’écriture est comme une mise au point avec soi-même, en disant les choses telles que vécues, sans avoir à les magnifier ou à sublimer les événements… Son écriture, elle l’a veut témoignage et dénonciation,  »je veux aussi passer des messages à travers mon témoignage », dira-t-elle. Ne se sentant pas la veine d’écrivaine, elle espère, néanmoins, continuer d’écrire…

          Sur la condition de la femme, l’invitée du Café Littéraire ne mâche pas ses mots, elle, qu’on a voulu élever dans  »les normes » d’une tradition archaïque qui n’a plus sa raison d’être, fustige l’ostracisme ambiant et le discours hypocrite des hommes à l’égard de la femme. L’écheveau d’une vie  »éclatée » est ainsi déroulé, un parcours atypique, dans une Kabylie (l’auteur est née à Tarsift, pas loin de Tigzirt) austère, où la soumission à l’homme est la seule voie de salut… Un récit dans lequel se reconnaissent beaucoup de ses concitoyennes qui viennent lui témoigner leur reconnaissance de leur avoir, d’une certaine manière, donné la parole et dit leurs non-dits. Elle ne cache pas, cependant, son scepticisme quant à l’évolution des choses, la suprématie du patriarcat constitue un frein à l’émergence de toute contestation de la part de l’autre sexe. Abordée sur la question linguistique en Algérie, Malika Arabi dit n’avoir de complexe avec aucunes des langues usitées, d’ailleurs, son récit, Eclats de vie, fera bientôt l’objet d’une traduction en langue arabe. Le Français, pour l’oratrice, est un butin de guerre, qui lui a permis de s’extirper du courroux de sa société et de s’en défaire ! Sans aller jusqu’à parler des bienfaits du colonialisme, Malika Arabi reconnaît, sans équivoque, que c’est par le truchement de la langue française qu’elle a pu s’émanciper,  »la France m’a fait trop de mal pour la sublimer », explique-t-elle.

          Etait présente à cette rencontre, une poétesse, laquelle, dans sa langue maternelle (le kabyle), transcende le mal à sa manière et accouche, non sans douleur, d’une poésie dont elle seule a le secret. Cette autre dame au regard discret s’appelle Zoulikha Idres, une quinquagénaire de Béjaïa, que tous appellent affectueusement Khalti Zoulikha. Elle a charmé le public en déclamant Tamettut (la Femme), Izuran (les Racines) et d’autres poèmes poignants, accueillis chaleureusement par le public. Ghilas Ainouche, le caricaturiste du Café Littéraire de Béjaïa, a, tout au long de la rencontre et comme à son habitude, gratifié le public de ses dessins percutants et pleins d’humour. Il est à noter que ce programme, initié depuis plus d’une année, entre dans le sillage des activités du Café Littéraire visant à la promotion d’auteurs, jeunes et moins jeunes, qui font leur entrée dans le monde de l’écriture, une initiative que soutient la Maison de la culture en offrant le cadre adéquat pour les organisateurs et l’aide nécessaire pour le bon déroulement de chaque rendez-vous.

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