« Notre futur à nous est plus ouvert qu’on ne le pense » (déclaration de Hadj Nacer)

Posté par coinlitteraire le 24 octobre 2011

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par Nabila Guemghar

          Le devenir de la nation Algérie, à l’orée des évolutions/révolutions actuelles en Afrique, la question de la démocratisation du pays, le rôle de son élite… sont, entre autres, les sujets clés abordés par Abderrahmane Hadj Nacer, lors d’une rencontre organisée par le Café Littéraire de Béjaïa, au théâtre régional Malek Bouguermouh.

          L’ancien Gouverneur de la Banque centrale d’Algérie a, dès l’entame de sa conférence, rappelé le passé historique de la ville des Hammadites, non pour flatter l’ego de son public, venu nombreux l’écouter sur les questions brûlantes de l’actualité, mais pour dire l’enjeu et l’importance de la « conscience de soi » qui détermine, selon le conférencier, la capacité de réponse au « défi brutal », comme il l’écrit par ailleurs dans son livre La Martingale algérienne; Réflexion sur une crise  ( Ed Barzakh,2011 ) « Béjaïa qui, tantôt Zénète, tantôt Sanhadji, a toujours su rallier la capacité des groupes à s’entendre, c’est une zone de contact positif, et c’est dans ce sens que la santé de Béjaïa est toujours significative de l’état où se trouve l’Algérie» pour dire un pan de l’histoire de cette région… Dans un cours magistral, le conférencier rappelle à l’assistance les raisons de l’impasse algérienne, tout en se voulant optimiste et résolument tourné vers l’avenir. Ainsi, en plus de la gabegie qui régnait en maître et qui assombrissait la vie de la population, l’école, loin de jouer son rôle, achevait le dépérissement intellectuel de l’individu, étouffant toute velléité, aussi timide soit-elle, de bâtir ensemble l’avenir du pays. Aussi, l’exode, volontaire ou non, de l’élite algérienne vers l’étranger, contribue au maintient du statu quo, l’exemple de l’intelligentsia algérienne installée dans les pays du golf est assez significatif : « C’est la meilleure équipe dont l’Algérie a voulu se débarrasser… Ils ont constitué aux Emirats Arabes Unis la matrice technologique de l’administration … ». Aussi, la mauvaise arabisation et la défrancisation sont, selon lui, la résultante du continuum Franco-égyptien, qui a été mis en place après l’indépendance pour empêcher la formation de l’élite et de se rappeler le temps béni de Borhan Galion, l’actuel patron du conseil national syrien, enseignant à l’époque à Alger avant d’être contraint à partir et de se voir remplacer par des va-nu-pieds qui maîtrisaient à peine quelques bribes de la langue… insiste l’invité du Café Littéraire, sur un ton de désolation ! La restriction des libertés et l’interdiction de toute vie politique, du moins dans les années 80, s’y ajoutant, aucune alternative au changement n’était prévisible… c’était aussi  le fait d’interdire l’accès à  « notre culture, l’accès à notre histoire et à la construction d’un ensemble qui s’appelle l’Algérie, un ensemble de citoyens au profit d’un ensemble de gens qui dépendait de la gestion de la rente centralisée, où on a créé des systèmes de dépendance entre le pouvoir central et la  population… ».   Bifurquant sur la question économique, Hadj Nacer explique que  le refus de s’ouvrir au secteur privé, n’était nullement à cause du modèle socialiste que l’Algérie s’est choisi, mais plutôt pour « empêcher l’émergence d’une capacité d’autonomie », l’auteur, tout en se défendant d’être un thuriféraire du capitalisme, estime néanmoins que « le petit entreprenariat est quelque chose de fondamental » et que son interdiction empêcherait l’émergence de la citoyenneté… ces raisons-là, renseignent, selon l’orateur, sur la difficulté d’émerger du statut quo … cependant, son maintien est difficile dans les conditions actuelles des choses, où  l’on voit, d’une part, l’aspiration pressante de la population à un changement majeur et, d’autre part, l’incapacité du système à maintenir cet état de fait : «  Le système a cassé ses propres jouets ; la technicité et le savoir-faire, le drame c’est qu’il ne laisse même pas la population proposer des alternatives », estime Hadj Nacer ! Sur la question des réformes de 1989 qui tendaient, pour ce qui est des modifications politiques, à favoriser l’émergence de tendances au sein du FLN, Hadj Nacer explique leur échecs par l’absence de deux facteurs clés, à savoir la dynamique interne, puisque, pour lui, « Zaïmisme » et autre génie individuel sont révolus, «nous sommes dans une période où les leaders charismatiques sont secondaires, par rapport à la volonté populaire de changer », et la dynamique externe, autrement dit, l’appui étranger : « La révolution américaine, sans la France n’aurait pas pu avoir lieu, idem pour la Russie sans l’Allemagne, ou encore la révolution française sans l’appui de l’Angleterre », et de continuer :«  dans le contexte algérien de l’époque, personne ne voulait de l’évolution. Les premiers à s’y opposer sont la France et le Maroc ». Le  contexte actuel étant plus favorable, puisque les puissances mondiales y sont plus attentives… La gestion du 20e siècle est dépassée, à en juger par les foyers de contestation, non seulement dans les pays arabes (les indignés d’Espagne, Wall Street, Tel Aviv…), l’Algérie ne dérogera pas à la règle, le pouvoir y est déliquescent : «  nous sommes à la veille d’une plus grande autonomisation de la gestion du pays, nous avons la masse critique qu’il faut, moi je pense que c’en est fini, dans un mois ou dans un an, peu importe, on n’achète pas la stabilité avec l’argent, ça n’existe pas ! » En économiste avisé, Hadj Nacer rappelle, également, pour l’assistance, l’importance de la convertibilité du Dinar, qui est un facteur de transparence tangible, à même d’assurer la bonne gestion de l’économique et du politique, d’où le regain de confiance qui mènera à l’investissement et, de fait, empêchera la fuite de capitaux… Et d’insister pour dire que les vraies attaques du pays, c’est le Wahabisme et l’Evangélisme qui répondent à la même logique de soumission, sous couvert d’une volonté divine, et de rappeler pour ce qui est, par exemple, du Niquab (voile intégrale), que cela répondait à une obligation civile ( Edit de Taymour Khan, 1395), ce que tous les exégètes commentaient à tort… il laisse transparaître, cependant, une note d’optimisme quant à l’avenir de l’Algérie : « je pense que notre futur, à nous, est plus ouvert qu’on ne le pense ».

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