Hypocrisie, opportunisme et culture de l’égoïsme…

Posté par coinlitteraire le 31 janvier 2011

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Dalil Makhloufi.

Président de l’Association Tagmats de Lyon et animateur radio canut

           En 2009, on lançait un appel du cœur dans la revue Tagmats afin que nos intellectuels, hommes de culture et artistes de renommée mondiale, se mobilisent en faveur de la Kabylie pour sauver ce qu’il reste de notre culture dans la région et bien sûr, activer et/ou se produire aux côtés de leurs frères en Kabylie. Force est de constater que depuis, il n’y a eu presque aucun changement et on  peut dire que la situation s’est même aggravée. On n’est pas ici pour faire la morale à nos « pseudos représentants » mais on ne peut rester indifférent à ce qui se passe en Kabylie et à ce que subissent nos compatriotes pendant que nos exilés se pavanent à Paris et ailleurs, croyant que le changement viendra tout seul.
          Certes, certains de nos artistes ont de vraies raisons pour ne pas rentrer au pays mais d’autres ont les moyens et un minimum de temps à donner à cette terre, qu’ils, soit-disant, chérissent ! On ne peut rester insensible aux jeunes de Kabylie, fans de leurs idoles à l’étranger, espérant  leur retour et qui voient en eux des symboles, des repères et des exemples de réussite.

 

Des appels sans échos !

          On l’a si bien dit l’an dernier, vous (les artistes, sportifs, chanteurs et intellectuels) avez une grande responsabilité envers la région, envers votre culture, car la Kabylie vous a donné un nom, un honneur et un droit d’entrée à l’étranger. Je serais heureux de voir nos chanteurs, mondialement connus, se produire en Kabylie et redonner espoir à toute une région, encourager les jeunes artistes livrés à eux-mêmes et délaissés par les grands médias…

          Je serais heureux, aussi, de les voir s’investir dans des écoles de musique, d’art… etc. Ou, tout simplement, apporter leur savoir-faire et leurs connaissances en utilisant, tout simplement, leurs noms pour au moins laisser une trace de leur passage sur la terre amazighe…. Au Moins essayez et si on vous barre la route, vous aurez eu le courage d’avoir tenté…
          Combien d’entre eux sont sensibles aux problèmes de la région…Combien d’entre eux ont fait des galas de solidarité… Combien d’entre eux ont retroussé leurs manches pour les victimes du Printemps Noir…On tient, d’ailleurs, à remercier mille fois feu Brahim Izri, pour son dévouement à la cause berbère, sa solidarité envers les femmes ou les blessés du Printemps Noir et sa sincérité dans le combat (paix à son âme), contrairement à certains qui, à l’époque, se cachaient, en espérant ne pas être sollicités…..Pourtant ces artistes-là, sont ceux qui tournent le plus, avec des cachets exorbitants et des salles qu’on gave avec des « invités de prestiges » pour éviter le fiasco ! Depuis deux ans, nous œuvrons, tant bien que mal avec nos moyens, à restaurer les stèles de notre rebelle et symbole Matoub Lounès. Nous avons réussi à en rénover trois pour le moment à Tizi N’Tleta, Draâ El Mizan et Bounouh et beaucoup d’autres restent dans un état lamentable qui me met hors de moi quand je traverse les villages de kabylie. Est-on devenu amnésique ? Avons-nous encore un peu d’estime pour le Rebelle ? …

          On n’en veut pas au pauvre montagnard, submergé de problèmes quotidiens et qui n’a que ses yeux pour pleurer… mais aux mairies gérées par des partis kabyles…! On en veut à ceux qui se disent militants et qui passent leur temps à s’entretuer sur la place publique alors qu’ils crient à qui veut entendre qu’il faut l’union (Tagmat) ! On en veut aux centaines d’associations berbères de France et du monde qui ont de nombreux émigrés issus de villages, où la photo du Rebelle est en souffrance, qui ne font rien ou qui ont été endoctrinés par la laïcité et l’intégration des politiques français !. On  remercie, tout de même, les jeunes des villages, les militants et comités de villages ainsi que la fondation Matoub qui nous ont aidés, malgré les problèmes et les risques, à rénover ces stèles, sans oublier certains artistes, pour leur dévouement et leur présence chaque fois que l’on fait appel à eux…

Absences et interrogations

          Dans le monde entier, des artistes reconnus, en exil ou travaillant à l’étranger se mobilisent et activent pour leurs pays. Aznavour, par exemple, a beaucoup donné à la cause arménienne. Nous avons la chance d’avoir de grands noms qui honorent le paysage culturel et sportif en France, mais il ne font strictement rien pour leur patrie (allez faire un tour dans le village d’origine d’un très grand footballeur kabyle et vous verrez !) Nous avons un esprit d’entraide et de dévouement quand il s’agit d’une autre cause qui n’est pas la nôtre. On aimerait vous entendre tenir le même discours que ce soit à Montréal, Carthage, Paris, Timgad ou Tizi-Ouzou. Ils sont les premiers à s’afficher aux côtés des représentants de leur pays au nom d’un nationalisme qui exclut leur propre identité. Dans la chanson, ils excellent aussi dans l’art de la soit disant ouverture, en s’affichant avec des exemples dégoûtants en matière de respect de la femme, alors que réellement, derrière tout ça, se cache un seul mot : L’argent….. Quelle honte ! Comment pouvez-vous encore montrer vos visages dans les médias ? Avez-vous oublié que le média n’est pas un miroir et que l’on vous voit de l’autre côté ?
          Certains, jouissant d’un nom et d’une renommée internationale, n’ont que le nom de grand car ils sont petits d’esprit et égoïstes… On le dit en connaissance de cause, car on a eu affaire à eux… humainement, ils ne valent rien !!! Certains nous prendront pour des fous lorsque on avance certaines choses, mais ces « artistes » eux savent de quoi on parle… Simplement, étant des militants qui n’aimons pas polémiquer, on préfère s’en tenir à cela, « pour le moment », car on espère toujours les voir revenir dans le droit chemin qui est celui de Matoub, Haroun, Kateb Yacine, Taos Amrouche, Mammeri, Djaout, Mekbel, Ali Zamoum, Jahnine et tant d’autres, mais on doute vraiment que cela arrive, car l’odeur de l’argent travestit la conscience et ronge le cœur…

          Ayant vécu des moments dégoûtants dans le milieu, avec des pionniers de la chanson kabyle, du genre d’artiste voulant être payé pour un concert de solidarité en  hommage à Matoub, à celui qui vous demande d’enlever le terme  » Printemps berbère sur l’affiche » il y a de quoi être résigné et pleurer ceux qui se sont sacrifiés, et on peut vous dire que n’est pas ange celui que vous croyez ! Dieu merci, il reste encore des hommes qui savent tenir leurs langues quand il s’agit d’honneur et de respect envers un public qui ne voit souvent que le côté médiatique de l’artiste et, heureusement, car le public aime les bons souvenirs et quand on triche avec lui, il est déçu et ne pardonne jamais…

          On le dit ouvertement : Ces artistes n’ont ni sympathie pour Lounès, à qui ils vouent une haine et une jalousie féroce, car Matoub est l’idole du peuple. Ils n’ont pas d’amour pour la cause, car ce qui les intéresse c’est leurs petites personnes et leurs carrières…. En ce qui concerne les acteurs de cinéma qui versent des larmes de crocodiles pour toucher le public, sachez que les masques sont tombés…

          Des fois, on prend un moment pour réfléchir et on essaie de comprendre comment on peut tenir un double discours et être en porte-à-faux avec ce qu’on est censé représenter….On nous demande comment on peut se prétendre être défenseur des droits de la femme et être non pratiquant dans ce domaine ? Comment peut-on rendre hommage à Lounès Matoub devant un public et ne pas soutenir, et continuer, son combat ? On a beau nous torturer l’esprit, mais on ne trouve pas de réponses, sauf celle, et j’espère qu’on se trompe, qu’ils attendent qu’ont leur déballe le tapis rouge à la sortie d’un avion aux frais de la princesse, une médaille autour du cou à Hydra et une tournée à coup de millions pour fêter leur retour….Cela a déjà commencé,  les artistes kabyles, qui font des tournées en Algérie, se comptent sur les doigts d’une main, mais on ne s’inquiète pas, d’autres attendent leurs tours…

Culture et culture de l’oubli

           Une chose est sûre, le temps tourne, notre culture est bafouée et perd jour après jour de sa splendeur, pendant que nos étoiles illuminent les contrées lointaines, avec « des couleurs de la honte et du déni identitaire » et « des chansons aussi blanches que complices de ce qui se passe au pays…. Mais ces étoiles-là, heureusement, ne sont pas éternelles et s’éteindront tôt ou tard avec un fardeau lourd, celui d’avoir laissé la Kabylie livrée à elle-même et des jeunes juste bon à acheter leurs produits avec les quelques dinars gagnés difficilement dans la montagne kabyle.
          Sommes-nous devenus juste bons à pleurnicher dans les émissions de radios, dans les cafés et à se plaindre, au premier venu dans la rue, de notre situation avec cette nostalgie lointaine d’un pays que nous ne respectons finalement pas ?
Chacun de nous a le devoir de faire le maximum, où il se trouve et avec les moyens dont il dispose, car ne l’oublions pas, le combat est là-bas…. Ce papier est pour nous l’expression d’un ras-le-bol, on dit les choses comme on les voit et on est certain que beaucoup partageront notre sentiment.

2 Réponses à “Hypocrisie, opportunisme et culture de l’égoïsme…”

  1. Fadhma dit :

    Ce constat est vrai mais il n’ya pas de quoi s’etonner lorsque le gain et l’intéret personnel prédomine,y compris dans le monde de l’art ou de l’3art

  2. recherche emploi dit :

    L’hypocrisie c’est le plus mauvais caractère sur la terre!!!!!

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