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«Nous étions des centaines armés de mots, à battre les claviers pour que cesse l’ignoble»

Posté par coinlitteraire le 2 décembre 2010

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nous parle poésie

Arts du monde La cueillette des rimes

Une vague indécise qui éclot au son d’une âme en peine, aux sifflement des balles qui traversent l’espace, les sanglots d’une femme qui murmure sa peine, au crépuscule taché du sang des innocents, les luttes abandonnées à l’approche des intérêts qui font reculer les idéaux, aux souvenirs des sacrifiés qui ont porté le rêve à bout de bras mais la grâce naît aussi de l’espoir qui se réveille aux aurores, enivrant et porteur de lumière, laissant dans nos souvenirs des songes mais parfois des regrets.

La poésie de Rezki Rabia est tout cela et plus encore. Dite en kabyle, elle est celle de ceux qui possèdent le Verbe avec ses valeurs puisées dans la culture ancestrale au contact des vieux et des bergers. «J’ai passé mon enfance entre Alger et Tamurt où je retrouvais avec joie mes amis d’enfance non scolarisés qui m’ont permis de rester en contact avec ma langue maternelle. J’ai découvert la poésie de Si Muhand ou Mhend, Bachir Amelah et tous les autres, en compagnie de mes jeunes amis souvent bergers, qui avaient ce don de mémoriser cette littérature orale et qui s’amusaient souvent à déclamer des poèmes (souvent sur l’amour et les jeux de séduction), ce que Mammeri appelait Isefra Imeksawen.» De l’enthousiasme à la colère en passant par toutes les subtilités d’une langue savoureuse dans un vocabulaire d’une richesse étonnante, sa poésie est philosophie, théâtre, conte, fable ou chanson. Toujours bercée par une musique subtile et raffinée au son des vers aussi beaux que ceux des notes de musique. «Barra azawan-yeslufu i tirga n warrac»
“Dehors le vent caresse les rêves des enfants »

L’empreinte des mots

Dans sa déclamation, on croit déceler la voix de l’incontournable Mohya avec ses intonations chargées de vie et de réflexions philosophiques comme dans «Muh Deffun» , mais dit-il :« Très jeune je me suis mis a composer des Isefras sur le modèle si Mohand u Mhend, (souvent en cachette, les tabous et la morale rigoureuse du monde rural oblige). En fait, le poète se place dans la tradition des anciens mais possède également son propre style dans des pièces qui sont du vrai théâtre, avec la maîtrise de la langue, la voix ou les voix, les techniques, les compétences. Il met en avant la littérature de la langue pour exprimer tous les sentiments qui l’animent. De «Amdan», un poème-conte qui s’écoute, s’apprécie et se déguste, tout de sens et de sagesse, il donne à sa poésie un caractère très mouvementé. Ce poème est l’histoire d’un homme qui veut prendre la place de son âne au grand dam de ce dernier qui va se plaindre au bœuf :

Yenna yas t txilek mliyi
Amdan di lhem- iw yerna d
Ay idiqar habsiyi
Anarkeb la3ar nugad
Asnanef ad y ineghuni

Le grondement des vers.

Après un séjour en Belgique, le poète revient en Algérie.
En 1982, il s’inscrit en lettres modernes mais les blessures du printemps 80 le rattrapent; il trouve sa thérapie dans l’écriture de nombreux poèmes publiés en français et en kabyle, publiés dans quelques plaquettes. De la revendication identitaire, l’injustice, l’arbitraire, les jeunes qui se battent pour vivre, exister, pris dans les flots de l’inutile en passant par le vendeur de la chique, qui rappelle une période sombre de notre histoire, à savoir le cireur de chaussure, la poésie de Rezki Rabia est parsemée de colères et de cris.

Dans un bouillonnement de pensées, la poésie devient l’arme de l’inconstance ; elle agite violemment les feuilles de l’indignation et arme ses vers pour percer l’obscurité jusqu’à ce que le souvenir de la femme vienne apaiser, canaliser les remous de cette violence et en même temps, dans la bouche du poète, dire ses rêves et ses désirs. « Zrigh tetkalixem i dunit

Xas akka s gwid yeghran
Mi tejtutlem di twaghit
Teksem iy igenni -w itran
Tarnam I tlam talalit
Tarzam temzi-w d iceqfan
Dmagh azref s lehmaq
Dmaght ef ul-iw a3ziz

EN 1985, Rezki Rabia quitte l’Algérie pour Paris la tête remplie de rêves et d’espoir mais la réalité de l’exil est transie de froid de l’indifférence.

Après un passage à la Sorbonne et plusieurs petits boulots pour la survie, il se met avec frénésie à écrire pour exorciser ses doutes et ses démons.  «Nadia ma femme a donné un sens à ma vie et à ce que je fais ; c’est grâce à elle qu’une grande partie de ce j’ai écrit existe.» Poète émérite, conteur de talent, Rezki Rabia, à l’instar de Mohya, produit et sème ses œuvres à tout vent.

Il est de la race des grands poètes qui continuent la transmission de notre culture à travers le temps. Généreux, humble, il nous offre de merveilleux voyages sur son site facebook,

http://creterouge.rmc.fr/

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