Brahim Tazaghart a prit part au 1er colloque international sur la traduction à Baghdad

Posté par coinlitteraire le 10 juillet 2010

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Brahim Tazaghart :

« Le danger de l’homme renfermé, replié sur soi et refusant l’autre » 

Du 29 juin au 1er juillet courant, s’est tenu dans la capitale irakienne le premier colloque international sur la traduction.
Parmi les participants, Brahim Tazaghart, auteur, poète en tamazight et dirigeant d’une jeune maison d’édition qui a eu à traduire dans la langue de Mammeri la poétesse syrienne de renom Maram Al-Masri dans le sillage d’un projet qui lui tient à coeur : la traduction vers tamazight des meilleurs textes de la poésie arabe.
Ci-dessous l’intervention à cette manifestation de cet auteur, poète et éditeur C’était un rêve que de présenter une conférence sur la langue amazighe dans une ville d’Orient, rêve dont je voyais la réalisation très lointaine à obtenir.


Votre invitation est venue m’ouvrir grandes les portes pour entrer en Orient par la plus prestigieuse et la plus ancienne de ses capitales : Baghdad de l’histoire, de l’actualité et de l’avenir radieux.
Merci à l’ami poète Muniam Alfaker, merci pour la maison El Mamoun de traduction et d’édition, merci à la direction des relations culturelles auprès du ministère de la Culture, merci au ministère de la Culture pour l’excellence de l’accueil.
A la veille d’aujourd’hui, nous nous adressions à l’Occident au sujet de questions qui nous concernent avant quiconque ; et nous voici à Baghdad, ville de civilisation, pour ouvrir le débat en Orient, et avec l’Orient, et traiter de la question du pluralisme linguistique à travers une expérience personnelle d’un poète.
Poète et traducteur de poésies qui me plaisent et que j’aime, je ne suis pas un théoricien de la traduction.
C’est à ce titre que je viens aujourd’hui devant vous pour vous parler de ma modeste expérience dans le domaine de la traduction, mais aussi des raisons profondes qui m’ont poussé vers cette aventure littéraire et des objectifs qui lui sont assignés.
Je suis issu d’un peuple aussi ancien que cette terre accueillante qui a donné à ses enfants tout ce que l’homme peut souhaiter, un peuple qui se dit Amazigh – nom qui signifie « homme libre »- et qui a occupé un vaste territoire allant des oasis de Siwa en Egypte aux Iles Canaries en Atlantique.
Une position entre l’Orient et l’Occident, entre flux et reflux, souvent payée de sa sécurité et sa liberté.
En dehors de l’utilisation domestique de son ancien alphabet « Tifinagh » (l’alphabet amazigh), mon peuple n’a pas utilisé sa langue pour produire une pensée écrite et élaborée ou, si l’on veut, pour la production d’une pensée instituante.
Ses élites culturelles et politiques ont souvent écrit, des siècles durant, dans d’autres langues à l’image de Saint Augustin, l’auteur de L’Ane d’Or Apulée de Madaure, le romancier Kateb Yacine et d’autres encore à l’instar de Tahar Djaout.
Sont utilisées aujourd’hui en Algérie trois langues : tamazight, l’arabe et le français.
Les deux premières sont langues nationales tandis que la troisième est langue étrangère.
Si le Français est présent dans l’administration, l’économie, et d’autres secteurs comme les mass médias, si la langue arabe a retrouvé son statut de langue nationale et officielle à l’indépendance en 1962 après la plus grande guerre de libération que le monde a connu, tamazight a vécu, sous le règne du parti unique, des moments d’extrême difficulté, avant que l’Etat ne s’en occupe, graduellement, ces derniers temps.
30 années après le soulèvement du printemps amazigh du 20 avril 1980, soulèvement qui avait posé le problème de l’identité nationale dans le cadre de l’exigence des libertés démocratiques et des droits de l’homme, tamazight est reconnue comme langue nationale lors de la révision constitutionnelle de l’année 2002.
Elle dispose d’un enseignement universitaire qui remonte à 1990 avec la création des instituts de langue et de culture amazighe.
Elle est enseignée dans les écoles primaires, dans les collèges et les lycées, surtout dans les régions amazighophones, à leur tête la Kabylie, les Aurès, le Mzab, Chenoua et les Touareg.
L’école a produit depuis le passage à la voie démocratique en 1988, des lecteurs et des écrivains qui ont permis à la société, essentiellement d’expression amazighe, de passer de l’étape de la transmission exclusivement orale au monde de l’écriture et de la transcription.
L’écriture nous a ouvert les portes de l’édition qui, de son côté, nous a permis, de nous lancer dans la traduction, la découverte de l’autre et le dialogue avec lui, en toute intelligence, dans le cadre du respect des intérêts respectifs et de l’échange mutuellement profitable Beaucoup d’expériences ont réussi dans ce domaine, essentiellement celle du poète et grand homme du théâtre Mohend U Yehia, dit Mohia, qui a traduit et adapté vers tamazight les oeuvres de Samuel Beckett, Bertolt Brecht, Molière et autres grands écrivains.
Aussi, il a été procédé à la publication de la traduction des sens du saint Coran accompli par le docteur Kamal Naït Zerrad, sans oublier les traductions de tamazight vers l’arabe que réalise le docteur Mhemed Djellaoui.
La marginalisation des langues et la privation de leurs droits institutionnels au développement constituent l’un des piliers des systèmes totalitaires fondés sur l’expropriation et l’exclusion.
L’exclusion est en même temps un produit de ces systèmes et, à un certain niveau, un obstacle permanent aussi bien à la circulation saine et pacifique des idées qu’à une coexistence fertile entre les langues et les cultures.
Cette conception est malheureusement encore présente dans quelques écrits et déclarations politiques qui tentent désespérément d’entraver la marche vers une coexistence intelligente entre les humains.
Une conception fondée sur une perception imaginative du réel et le refus de considérer la réalité palpable qui se réalise chaque jour sous leurs yeux aveuglés.
Nous avons longtemps souffert, comme usagers de la langue Tamazight, de cette volonté de réduire notre langue jusqu’à disparition, sous prétexte que l’unicité linguistique est seule à même d’exprimer notre personnalité et de permettre la construction d’un Etat fort et cohérent.
Cette situation vécue dans la douleur a créé un fort sentiment de pessimisme, d’injustice et d’exclusion.
Nous travaillons aujourd’hui à créer les conditions du dépassement de ce sentiment négatif et destructeur, ainsi qu’à réduire son influence dans un monde où quelques unes de ses élites culturelles et politiques s’efforcent de pousser vers les confrontations d’ordre ethnique et religieux.
L’humanité fait actuellement face au danger de l’homme renfermé, replié sur soi et refusant l’autre.
Le refus de l’autre conduit à chercher son élimination et sa disparition par le moyen de la violence et de la destruction.
C’est là un danger de l’époque à prendre sérieusement en compte.
Le pluralisme linguistique dans nos pays réclame une gestion démocratique sincère qui enrichit tout le monde sans appauvrir personne.
Rencontre avec Maram Al-Masri J’arrive ainsi aux motivations de ma traduction à partir de l’Arabe vers Tamazight.
Avant de rencontrer mon amie, la poétesse Maram Al-Masri, à l’occasion d’un festival international de poésie tenu du 4 au 8 juin 2006 à Alger, en hommage au grand poète et moudjahid Djamal Amrani, j’avais en tête de traduire les meilleurs textes de la poésie Arabe vers Tamazight.
Cette idée me tient toujours à coeur et j’ai associé ces derniers temps des poètes maitrisant les deux langues afin de la concrétiser.
En plus d’être poète et traducteur, je dirige la maison d’édition Tira.
« Tira » veut dire écriture en Tamazight.
De la rencontre avec Maram Al- Masri s’est dégagé le projet de traduire son recueil de poésie « Karaza Hamra Ala Ballat Abyedh » (Cerise rouge sur carrelage blanc) édité en mars 2008.
Après plusieurs lectures du recueil de poésie, j’ai décidé de garder la construction formelle des textes et la traduction de chaque vers par un vers équivalent.
Je peux dire que la traduction a été jusqu’à un certain point littérale.
Je ne voulais pas que le sens prenne le pas sur la structure des poèmes.
C’est que la poésie Amazighe continue, dans sa majorité, à être conforme aux structures traditionnelles où la rime trône.
La présentation de poésies libres dans une langue aussi poétique que la langue Arabe est en mesure d’appuyer les efforts tendant à délier la poésie Amazighe des pesanteurs de l’oralité, sachant que la rime est un moyen facilitant la mémorisation.
Aussi, les caractéristiques de la poésie de Maram Al-Masri sont l’austérité sur le plan rhétorique, et l’absence de figures de style ampoulé.
De plus, sa poésie plonge dans la profondeur de l’intimité humaine au point de perturber le lecteur.
Ceci m’a aussi encouragé à réaliser cette traduction.
Enfin, j’ai assigné trois objectifs essentiels à cette traduction : – La langue tamazight, qui sortait d’une situation critique, caractérisée par une négation juridique et institutionnelle préjudiciable, a besoin de contacts féconds avec d’autres langues pour se ressourcer et se renouveler.
Je pense que toute traduction est, d’une certaine façon, une appropriation par la langue d’arrivée des atouts de la langue de départ.
- Faire rencontrer, dans un livre de poésie ou autre, la langue arabe et la langue amazighe, est un moyen d’enrichissement de la culture nationale et un facteur stratégique de renforcement de la culture démocratique qui nous permettra d’accéder et d’assumer toutes les dimensions de notre personnalité sans déni ni exclusion aucun.
- OEuvrer à asseoir la communication et le dialogue que permet la traduction qui, à son tour, rend possible la culture de la paix et de la non violence en vue de se consacrer à la formation des raisons du bonheur et d’une vie de dignité.
Merci de votre bon suivi et de votre attentive écoute.

3 Réponses à “Brahim Tazaghart a prit part au 1er colloque international sur la traduction à Baghdad”

  1. Cherif dit :

    Bravo à Monsieur Brahim Tazaghart écrivain, poète, traducteur d’expression amazigh qui agit efficacement et concretement pour la promotion de Tamazight, jusqu’à Baghdad.

  2. amsebrid dit :

    A yeBra ! Aqlaɣ da nettraǧu tasuqilt n usarag ( neɣ n tebrat-agi)am aggur n Lɛid. Nesfullet di Tefransist, neɛya deg ujaddir n Digaul nra Tazwawt.

  3. immobilier dit :

    incroyable post, merci bien.
    immobilier http://www.courtierimmobilier.eu

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