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Tradition de la lecture

Posté par coinlitteraire le 9 juillet 2010

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Lecture

(Par KEBCI). Il est loin, très loin le temps où, dans le village le plus reculé du pays, au niveau du moindre recoin de nos quartiers et cités, on s’échangeait livres, romans et autres bandes dessinées et revues spécialisées, où l’on discutait, dans la cage de l’immeuble, dans la cour de la cité ou sous l’ombre d’un arbre, de l’ouvrage dont on vient de finir la lecture, des héros qui font et défont les trames. L’époque où l’on ne sentait point la longue file d’attente de se voir servir le plat au resto U tant presque tout le monde était plongé dans un roman ou une quelconque revue, est fort malheureusement révolue. L’ère où on dévorait à satiété les fameux romans à l’eau de rose et autres écrits intimes, le plus souvent fleuves et truffés de citations et autres passages grignotés au fil des nombreuse lectures, discrètement émis par l’être cher et que l’on lisait à la lumière sobre d’une veilleuse ou celle d’une bougie, imprégnant à ces moments d’émotion inégalée, toute la solennité requise, relève désormais de la nostalgie. Pourtant, à cette époque-là, à cette ère-là, en ce temps-là, il n’y avait pas de bibliothèques et les espaces de lecture se faisaient rares. Mais il y avait l’école, l’université et l’environnement familial et immédiat qui étaient favorables à ce genre de «sport». On dira qu’à cette époque-là, en cette ère-là, en ce temps-là, il n’y avait pas de télévision, encore moins le fameux Internet qui a révolutionné le monde de la communication, juste si on se permettait d’écouter et en cachette le magique poste-radio, pour justifier le désintérêt ou carrément l’aversion pour la lecture. Un argument qui ne tient que partiellement quand des diplômés universitaires et en langues avouent sans gêne aucune n’avoir pas lu une dizaine d’oeuvres et méconnaissent jusqu’aux auteurs illustres de par le pays ou le monde qui relèvent du domaine public. Aujourd’hui, on annonce sans discontinuité ou presque la dotation de chacune de nos communes d’une bibliothèque, de l’organisation de caravanes de bibliobus et autres, mais est-ce pour autant la solution ? Certainement pas car le problème est plus profond, l’acte de lire comme tout autre relevant avant tout d’une culture qui a, fort malheureusement, périclité jusqu’à se voir déformée son sens. Il est plus qu’affligeant de constater que tenir un livre, une revue ou autre objet de lecture dans un lieu public, jardin, bus, café et la rue plus généralement relève presque d’un acte de résistance tant il suscite plus que curiosité. Combien de fois n’a-t-on pas entendu ce commentaire balancé à l’endroit d’une personne lisant en public : «il se la joue intello». Il s’agit, donc, de renverser la vapeur, ce qui ne saurait se limiter au seul volet infrastructurel dans lequel on ne peut nier l’effort titanesque consenti. Tout un projet que doivent prendre à bras-le-corps et les pouvoirs publics et la société civile dont la famille constitue l’épine dorsale.

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