Evocation. Jean El-Mouhoub Amrouche : l’Algérie au cœur

Posté par coinlitteraire le 17 avril 2010

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Le 16 avril 1962, Jean El Mouhoub Amrouche venait de quitter ce monde et toute une génération d’intellectuels, politiques et poètes de l’Algérie tâtonnait encore à deux doigts de son indépendance.

Sa réflexion sur l’histoire s’est concentrée sur sa terre qu’il voulait réapproprier à ses enfants libres. De poète qui portait son peuple avec l’atavisme de l’éternel Jugurtha, Jean El Mouhoub Amrouche prend la défense des colonisés pour mettre à nu un système colonial basé sur l’injustice, la violence et l’arbitraire.

 Il semblerait, par conséquent, difficile et même un peu compliqué d’évoquer, en termes de témoignage bouleversant, une figure aussi emblématique de la littérature algérienne d’expression francophone, à l’image du premier poète du genre. Un lourd tribut que ce butin de guerre qui s’impose pour porter haut comme un défi les rêves et les désespoirs d’un poète qui garde, tant bien que mal, sa langue, sa culture, ses us et coutumes. Incontestablement, les Amrouche font partie intégrante de l’histoire littéraire, artistique engagée. Avant-garde de l’originalité identitaire. Une (re)source sans doute revisitée pour plus d’éclaircissement. Par ailleurs, Jean Amrouche anticipe sur les événements du temps qui passe ; d’abord dans les deux recueils (Cendre et Étoile secrète) 1928-1934 où il convient de parler du désarroi d’un homme sans repère mais qui se nourrit du mythe et du langage du terroir. Très jeune, déjà investi amplement par le verbe de sa maman, Fadhma Ath Mansour, ce petit bout de femme kabyle à dimension universelle. “J’ai cru que l’écriture portait en elle une vertu d’exorcisme. Mais rien ne me délivre de mon démon”, écrira celui qui avoua, un jour, n’être jamais guéri de son enfance dans son Étoile secrète. 16 avril 1962, Amrouche prend place entre les étoiles. Il ne verra pas l’indépendance de son pays. Aujourd’hui, les “maîtres” mots doivent-ils avoir la force d’agir sur ses lecteurs ? Encore faut-il que la nouvelle génération se prête vraiment corps et âme à l’exercice. “Amrouche est le premier poète algérien à faire connaître une œuvre poétique de haute qualité”, témoigne C. Achour dans son Anthologie de la littérature algérienne. Le poète laissera un moment la passion et le désir d’écrire dès lors qu’il se sentira démarqué de sa vocation d’éveilleur de conscience. Il s’engage alors aux côté des siens. Il montre d’abord que le Nord-Africain n’est pas sujet à l’ethnologisme colonial, mais un génie qu’il fallait réellement comprendre, sans sombrer dans les prétentieuses caricatures et les clichés préétablis. Ainsi pour El Mouhoub, un seul sous-titre suffit pour révéler une visée de la remise en cause incessante des desseins du pouvoir colonial : “Il y a dix millions de Jugurtha”. “Il y a dix millions de Jugurtha dans l’île tourmentée qu’enveloppe la mer et le désert qu’on appelle le Maghreb”, in l’Éternel Jugurtha. Aujourd’hui, à l’heure d’Internet, se ressourcer d’une telle œuvre ou entreprendre un travail à propos de Jean Amrouche relève d’un devoir de mémoire, d’autant plus que l’auteur de l’Éternel Jugurtha ne semble pas courir les rayons de nos bibliothèques scolaires et communales, encore moins être présent dans les manuels. Né il y a un peu plus d’un siècle, précisément le 7 février 1906, date historique car coïncidant avec la disparition d’un poète populaire, Si Mohand Ou M’hand, Jean Amrouche n’a jamais cessé de lutter et d’offrir ses talents d’écrivain, de poète et de journaliste au service de ses frères qu’il ne put dissocier de sa propre chair. “Comment tenir assez longtemps la lampe, Quand notre seul désir  Est le plus sourd sommeil”,  lit-on dans Cendre.

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