Ali El-Hadj Tahar invité de Bgayet le 23 avril 2010

Posté par coinlitteraire le 15 avril 2010

 

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Biographie 

J’appartiens autant à l’Orient qu’à l’Occident car il n’y a pas que les empreintes génétiques qui comptent dans la personnalité et l’identité d’un homme mais également sa culture, parfois acquise dans beaucoup de livres. Je me revendique de la culture mondiale et de la modernité, laquelle modernité est un besoin d’exigence en l’homme, besoin qui n’obéit ni à la couleur ni au lieu. Elle est de sensibilité et d’esprit.
Né à Merad, dans la région de Tipasa, Algérie. Dans mon enfance, je passais une grande partie de mon temps libre à dessiner à la chaux des personnages de bandes dessinées sur la chaussée comme le font aujourd’hui des artistes du Quartier Latin ou de Chicago. Des centaines d’heures passées à dessiner sur le goudron de la chaussée m’ont permis d’apprendre très tôt le dessin juste et même à composer, suivant l’inspiration vagabonde de l’enfant que j’étais, des personnages de toute sortes: indiens, musiciens, cow boys, footballeurs…
Inspiré par quelque lecture, « La route au tabac » de Caldwell ou « Azyadé » de Pierre Loti, j’ai également commencé à écrire de la poésie très jeune.
Ma carrière de peintre commence en 1980. Membre du Groupe des 35, dont faisaient partie : Issiakhem, Khadda, Larbi, Ziani, entre autres. Avec eux j’ai participé à plusieurs expositions de groupe durant les années 1980. Je n’ai jamais cessé de peintre, mais par exigence et par manque dee galeries en Algérie, j’ai refusé pendant longtemps de montrer mon travail. Ce site permet de voir la diversité de ma peinture.
Ma dernière exposition a eu lieu en 2005, au Musée National des Beaux arts d’Alger, avec Lazhar Hakkar.
Postes occupés : En 1974, je commence à écrire dans la presse en me spécialisant dans la critique d’art. Je suis membre de l’Institut International de Presse.
Journaliste free lance de 1974 à 1984.
Journaliste professionnel : de 1984 à 1995
Puis journaliste free lance: 1996 à 2007.
Rédacteuren chef de la revue Tassili, de 2002 à 2003.
J’ai occupé le poste de Directeur du Développement et de la Promotion des Arts, au Ministère algérien de la culture, de mai 2005 à mai 2007
Diplôme: Licence de Lettres anglaises, université d’Alger, 1978.
Publications: « Bettina », 1983, RFA, une monographie sur l’aquarelliste allemande.
« Poèmes bleus », 1984, ENAL, Algérie: recueil de poèmes.
« Encyclopédie de la poésie algérienne de langue française, 1930-2008, 157 poètes », éditions Dalimen, Alger, 2009.

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 L’ENTRETIEN DU CAFE LITTERAIRE

« Le poète au devant de la lutte pour la dignité »

1- Vous êtes auteur d’une volumineuse encyclopédie de la poésie algérienne de langue française (de 1830 à 2008) rassemblant 157 poètes. Quelle finalité accordez-vous à cette œuvre ?

Ali El-Hadj Tahar : Mon Encyclopédie de la poésie algérienne de langue française, 1930-2008, est un ouvrage en deux tomes respectivement de 462 pages et 494 pages. J’y présente 157 poètes. Le livre commence par une introduction de 112 pages ensuite viennent les poètes classés par ordre alphabétique. Chacun d’eux est présenté dans une courte biographie, une bibliographie sommaire et une analyse de son œuvre qui peut aller jusqu’à 3 pages pour les poètes importants comme Yacine, Dib, Sénac… Ensuite suivent les poèmes dont le nombre varie selon l’importance de l’auteur. Chacun de ces auteurs est représenté par des poèmes ou des extraits tirés de plusieurs recueils, le cas échéant. Derrière cet ouvrage il y a donc un grand travail de recherche que j’ai commencé il y a plusieurs années de cela. L‘ouvrage s’est donc naturellement imposé comme le travail de recherche le plus important sur la poésie nationale d’expression française. Il faut que ce livre soit disponible dans toutes les bibliothèques communales, scolaires, universitaires… On ne peut comprendre ni avoir une idée de l’importance de la poésie nationale sans cet ouvrage dont le prix est de 3000 DA, soit l’équivalent de quelques pétards du mouloud partis vite en fumée ou d’un fanion (vite parti en loques) d’une mauvaise équipe dite « nationale » qui a encaissé 13 buts en cinq matches !

2- Quelle est, selon vous, la fonction de la poésie ?

Elle est multifonctionnelle comme toutes les activités humaines, surtout celles liées à l’esprit, à l’âme, la culture, l’être… Tout poète a donc une ou plusieurs préoccupations et thématiques. Certains s’assignent même des objectifs ou des missions. Les réalistes du 19ème siècle, par exemple,  s’assignaient la mission de restituer la réalité sociale de leur temps ; les surréalistes, de faire apparaître l’inconscient et ses méandres ; les réalistes socialistes de parler de réalisations du socialisme ou du communisme… La poésie algérienne d’expression française a toujours été proche du peuple et de ses réalités et difficultés. Née durant la période coloniale, elle a donc montré les souffrances du peuple et les injustices qu’il subissait mais il ne faut pas la réduire à cela. Elle est dite poésie de combat mais elle est beaucoup plus vaste que l’engagement et la révolution : elle aborde des questions et des thématiques plus riches et diversifiées, celles traitées dans toutes les poésies du monde, qu’elles soient européennes, américaines, sud américaines, russes, arabes, chinoises…  Elle est traversée par des thèmes universels de l’amour, la mort, la vie, la nature, la ville, la politique…

3- De quoi traite la poésie algérienne, notamment celle de ces trois dernières décennies (1980, 1990 et 2000) ?

Si la poésie des années 1940 et 1950 aborde surtout des questions d’ordre social et politique, liées donc au moi collectif, celle des année 1970 et 1980 commence à aborder des questions liées à la personne, des questions d’ordre ontologique, philosophique, métaphysique. Dans les années 1980 les poètes abordaient des questions liées au moi individuel, à soi, mais cela ne signifie pas qu’ils oubliaient entièrement les problèmes de leur peuple : ils les abordaient encore, parfois subsidiairement pour certains, comme Djaout ou Amrani ; d’autres poètes ne les abordaient pas du tout comme Sehaba ou Amine Khane. Contrairement aux poètes des années 1940 et 1950, 60 et 70 qui n’ont souvent pas fait l’université, les poètes des années 1980 sont des universitaires. Ils appartiennent à une période assez sereine où régnait la paix sociale, où une certaine justice était assurée et où les jeunes trouvaient assez aisément du travail, n’en déplaise à ceux qui critiquent le parti unique. La conscience de ces poètes n’était donc pas taraudée par les problèmes sociaux, qui étaient moins graves durant les années 1980 que durant la période coloniale ou durant les premières décennies de l’indépendance. Ils pouvaient donc traiter d’autres sujets que leurs prédécesseurs. Eclectiques, ils abordaient des sujets divers qui enrichirent la poésie algérienne et la sortirent du thème limité de la poésie de combat, de l’engagement ou de la recherche de l’amour. Ils ont parlé de la mer, de la mort, de la nature et d’autres sujets universels.

Malheureusement cette paix sociale fut brisée par l’avènement du terrorisme. De nouveaux problèmes s’abattent encore une fois sur ce pays ! La paix sociale est rompue ! Le poète redevient soldat ou maquisard ! Sa plume redevient mitraillette ! Il transforme ses mots en bombes et grenades pour se défendre contre la horde barbare qui a déjà assassiné Djaout, Matoub Lounès et Sebti. Puis lorsque le terrorisme est vaincu par le peuple, un putschiste s’autoproclame roi du pays ! Dans ses valises il ramène une bande de voleurs qui pillent les richesses et instaurent la corruption comme mode de gouvernance. Par sa plume, le poète ne peut être qu’au devant de la lutte pour la dignité. Les problèmes de son pays et de son peuple lui imposent de parler de misère, de hogra, de harraga et d’être lui-même un harrag quand il n’en peut plus. Ma fierté est d’avoir découvert beaucoup de poètes de cette génération : Youce, Lazhar Baaziz, Fatiha Senouci, Sélim Baghli, Farès Babouri, Abane Madi, Ahmed Chihani, Abdellah Bensmaïn, Mahdi Chaïbedra, Younil… Alors que dans les années 1980 avait commencé une poésie de l’esprit, profonde et cultivée, une poésie philosophique, métaphysique, basée sur la sensibilité et la culture, réapparaît dans les années 1990, à cause du terrorisme, une poésie du cœur et des tripes. Nous patinons dans ce pays : alors que l’on croyait la poésie de combat finie avec le colonialisme, la voila qui revient pour combattre de nouveaux prédateurs.

4.Il vous arrive souvent d’insinuer que les rédacteurs d’anthologies ont tendance à marginaliser les poètes méconnus du large public. Quelles en sont les raisons et pouvez-vous citer quelques-uns parmi ces poètes ?

En 48 ans d’indépendance il y a à peine sept ou huit anthologies de la poésie algérienne. Elles ne présentent que quelques poètes, entre huit et cinquante, jamais plus. Je ne sais pas si l’intention était de marginaliser ou d’occulter, mais certaines de ces anthologies sont trop spécialisées comme celles de Sénac, Jean Déjeux ou Tahar Djaout. Moi, j’ai travaillé sur une documentation beaucoup plus riche. Je ne me suis pas contenté du cercle des poètes qui tournent autour d’Alger ou ceux consacrés dans la presse. A Oran, Mostaganem, Annaba ou ailleurs j’ai trouvé des poètes beaucoup plus importants que ceux qui jouissent d’une certaine renommée. Je suis fier de présenter des auteurs comme Fatiha Senouci, Abdelatif Benchehida, Hamid Amir ou Sélim Baghli ou des poètes un peu oubliés comme Bourboune, Azzegagh, Djamel Kharchi, Djamel Moknachi, Messaour Boulanouar…  Dans mon Encyclopédie je n’oublie pas les classiques non plus : Dib, Malek Haddad, Ana Gréki… Ma fierté est aussi d’y présenter plusieurs générations et de prouver que nombreux sont les poètes qui méritent de figurer dans un ouvrage à côté de Kateb Yacine, Jean Sénac ou Henri Kréa. Je suis fier de sortir de l’oubli ou de l’ombre au moins une centaine de poètes dont beaucoup n’ont jamais eu droit à un seul article de presse !

5- Quelle influence a subi la poésie algérienne de ces trois dernières décennies ?

Comme tous les arts et toutes les disciplines de la culture nationale ou internationale, la poésie algérienne subit des influences. Dans les années 1940, 50 et 60, elle était traversée par les nombreux courants français, de Victor Hugo à Rimbaud ou Verlaine, du surréalisme au dadaïsme, etc. Etant engagée et combattante, elle a aussi subi les influences de Neruda, Lorca, Hikmet… Dans les années 1980, elle est devenue plus exigeante : elle ne se contente plus de
la France, de
la Russie et des poètes engagées. Elle découvre la poésie nord américaine, allemande, anglaise, arabe, et elle s’en nourrit. Par contre, les jeunes des années 1990 et 2000 n’ont pas une bonne formation. On le sent dans leurs textes. L’école ne les a pas formés en matière de littérature ni de son histoire et de ses courants. Ils découvrent tout tous seuls, sans bases ni orientation aucunes. Ils écrivent en partant du néant !

6- Les maisons d’édition accordent-elles un intérêt réel à la poésie algérienne ?

Plus ou moins. Il y a des recueils qui se publient. Le problème de l’édition est que les maisons d’édition n’ont pas de commission de lecture, ni pour le roman ni pour la poésie ou autre chose. Et le problème du livre est qu’il n’y a pas de librairies en Algérie. La majorité de celles qui existaient ont été transformées en chawarma shop et en flexy shop ou en d’autres commerces liés au tube digestif.

8- Quelle idée faites-vous du café littéraire de Bejaïa et que vous inspire cette ville ?

J’ai la conviction que le café littéraire de Béjaïa s’inscrit dans la tradition des gens de la ville. Les Poésiades s’y tenaient. La revue Rivage est née dans cette région où l’on se préoccupe encore de la culture malgré tous les aléas de la vie. S’agissant de Béjaïa, j’ai fait un reportage publié dans la revue Tassili, il y a quelques années de cela. Ce texte se trouve dans mon site Web : www.elhadjtahar.com.

9- Vous êtes à la fois journaliste, poète et peintre. Pouvez-vous évoquer votre parcours dans ces trois disciplines-là ?

J’ai été journaliste professionnel pendant une dizaine d’années. J’écris encore dans la revue bimensuelle Tassili en qualité de free lance, un reportage ou un article tous les deux mois. Je présente des villes ou des peintres algériens. Je me consacre donc presque entièrement à l’écriture de livres et à ma peinture car je suis aussi peintre. S’agissant de la poésie, j’essaie d’écrire une dizaine de poèmes par an. Il y a des auteurs qui commandent leur écriture de la poésie, je les envie. Moi, une sorte de fièvre de la poésie me prend trois ou quatre fois par an : en quelques jours j’accouche d’une poignée de poèmes. Je ne suis pas satisfait de cela et j’espère trouver du temps pour écrire constamment et régulièrement de la poésie mais je ne veux pas le faire au détriment de la peinture.

Je viens de donner à mon éditeur un livre qui s’intitule Algérie et qui présente plusieurs villes (dont Béjaïa, Oran, Timimoun, Annaba, El Oued, Alger…), la mer, le Sahara… Il est illustré avec des photos de Kerrouche, Ameur, Abbou Farouk… Actuellement je termine un ouvrage qui s’intitule
La Peinture algérienne et qui présente 150 peintres dont Issiakhem, Khadda…

Entretien réalisé par Kader Sadji le 15 avril 2010

8 Réponses à “Ali El-Hadj Tahar invité de Bgayet le 23 avril 2010”

  1. Cherif dit :

    Merci Kader pour cet éclairage sur cet auteur qui merite un accueil chaleureux ce vendredi.
    Soyons nombreux.

    Il parait que le Café litteraire de Bejaia fera le plein ce mois de mai, où pas moins de quatre RDV litteraires programmés. Interessant si cela se confirme.

  2. Zahir dit :

    en effet, ce mois de mai sera très intéressant de par les rdv littéraires programmés, y’aura entre autre, Wassyla Tamzali, Rachid Boudjedra…soyons aux RDV
    mes amitiés

  3. Anonyme dit :

    yazikoum bla ……. ta3 …… ya ……..(oumazalek a tahar tahdar 3la l’art!!!!!!!!!!!????????????????
    __________________
    Désolé Mr l’anonyme

    Faites vos commentaires vulgaires et sales dans des sites ou blogs appropriés. Je veillerai à ce que vos commentaires ne passent plus.

  4. Anonyme dit :

    ce n’est pas correct

  5. Anonyme dit :

    ce n’est pas correct

  6. Anonyme dit :

    ça necessite un nettoyage

  7. Anonyme dit :

    Merci pour ce lifting

  8. simulation pret immo dit :

    Merci pour cette bio et surtout cet interview retranscrite ;)

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