Tassadit Yacine nous parle de El Mouhoub Amrouche

Posté par coinlitteraire le 20 décembre 2009

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Tassadit Yacine revisite

El Mouhoub Amrouche

L’anthropologue, écrivaine, chercheuse et spécialiste de la culture berbère, Tassadit Yacine, a animé, mardi dernier, un café littéraire au Théâtre régional de Béjaïa, autour du journal que Jean Amrouche a tenu de 1928 à 1961.

(Par C. Lahdiri). Un journal resté longtemps inédit avant de paraître récemment aux éditions Non Lieu (Paris) et d’être réédité aux éditions Alpha, en Algérie. Jean El Mouhoub Amrouche a consigné ses réflexions pendant trente quatre ans où il fut un poète, critique littéraire, animateur de revue et surtout écrivain engagé en faveur de la libération de l’Algérie. Un journal, rédigé sous forme de mémoires où Amrouche notait tout, des lettres ou brouillons de missives et d’articles, jusqu’à ses rencontres avec les grandes figures du microcosme politico-littéraire de l’époque : de Gaulle, Jules Roy, André Gide, François Mauriac, Camus… Un matériau brut que Tassadit Yacine a dépoussiéré, décrypté,exploré pour exhumer une grande œuvre de celui qui « a consacré toute sa vie pour faire entendre la voix plurielle de l’Algérie. »

Tassadit Yacine, maître de conférences à l’école des hautes études en sciences sociales à Paris, a mené un travail de longue haleine : « Cela fait 15 ans que j’ai ce journal. J’ai mené un long travail de décryptage de ce grand militant de la cause nationale », explique-t-elle. Un journal précis, utile à la compréhension de son combat. Amrouche se montre tel qu’il est, hostile au régime colonial. On le sent très politiquement engagé pour la cause algérienne. Une cause qui a germé en lui depuis qu’il s’était installé en Tunisie, sa première terre d’accueil. Professeur de lettres au lycée, il publie ses premiers poèmes en 1934 et 1937. Il rédige ensuite un essai, L’éternel Jugurta, avant d’adapter en français les Chants berbères de Kabylie, une poésie savamment nourrie aux dictons populaires et qui a atteint l’universel.

De 1945 à 1947, il est directeur de la revue L’Arche, à Paris. Il réalise de très nombreuses émissions littéraires, sur la Radio Tunis-R. T. T. (1938-1939), Radio France-Alger (1943-1944), et Radio France-Paris (1944-1958). Il réalise des entretiens avec une pléiade d’intellectuels à l’image d’André Gide (1949), Paul Claudel (1951) et François Mauriac (1952-1953). A une époque, Jean Amrouche fut un assimilationniste convaincu : il militait en faveur d’une communion et la tolérance entre les communautés musulmane, chrétienne et juive d’Algérie. Mais les massacres de mai 1945 l’ont poussé à se radicaliser. Ses prises de position pour une Algérie libre lui ont valu d’être renvoyé de Radio France en 1958, par le Premier ministre de l’époque. Il servira de médiateur entre le FLN et le général de Gaulle dont il est fervent admirateur. Jean El Mouhoub n’a pas cessé d’essayer d’amener le général à prendre position en faveur de l’Algérie.

De 1958 à 1961, il plaide sur les ondes des Radios helvétiques de Lausanne et de Genève, la cause algérienne. Il meurt quelques jours après les accords d’Evian en 1962. Beaucoup parmi les acteurs majeurs de la résistance nationale à l’image de Redha Malek et Abdelhamid Mehri lui reconnaissent publiquement le militantisme. Mais ce dernier restera longtemps volontairement occulté, délibérément oublié et injustement exclu et évincé de la mémoire de la résistance intellectuelle nationale contre l’occupant français. El Mouhoub n’aura même pas le droit d’être enterré chez lui. Un déni dont le seul tort est d’avoir été de confession chrétienne. Quelle injustice !

3 Réponses à “Tassadit Yacine nous parle de El Mouhoub Amrouche”

  1. l'écrivain dit :

    l’information circule mal
    on dirait que ses annonces se font de bouche-à-oreilles.Et les autres ? aménager des pannaux d’affichages un peu partout dans la ville et pourquoi pas a l’entré des marchés publiques comme le font les partis politiques,les associations religieuses et les autres.c’est de la culture , non ? alors on l’a veut partout cette culture pour rattrapper le grand retard.il ya des quartiers entiers qui sont oubliés par ces rencontres culturels.Alors ???

  2. Cherif dit :

    En réponse à l’écrivain,
    Je comprends votre cri. Vous ne demandez qu’à être informé pour participer à ces rencontres litteraires et les manifestations culturelles en général.
    Vous dites aussi que des quartiers entiers sont oubliés pour ces rencontres. Ô combien vous dites vrai.
    Helas c’est la triste réalité.Tant que la culture demeure reléguée au second plan, cette situation durera encore longtemps.
    Et quand un petit groupe de bénévoles activent pour créer un tant soit peu d’ambiance saine, tel ce Café litteraire ambulant, mais combien enrichissant, avec la volonté d’informer un large public, il se trouve par hasard que ce groupe de bénévoles n’a pas les moyens de le faire comme vous venez de le réclamer haut et fort.

    Mais en attendant que ce groupe s’organise pour une meilleure prestation, ce blog que vous venez de découvrir pourra vous servir de moyen d’information.Il serait souhaitable de le communiquer à vos amis et proches pour contribuer à votre tour à cette bonne action.
    Vous pouvez aussi laisser votre mailet vous serez informé de toutes les activités litteraires qui seront programmées.
    Salutations

  3. Douillet dit :

    Un grand merci à Chérif pour ce café littéraire que je mets dans mes préférences à la barre personnelle, afin de penser à le visiter.
    Bonne année à Chérif et toute votre équipe !
    Monique Douillet.

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