Réhabilitons le 7ème art !

Posté par coinlitteraire le 23 mars 2009

HACHEMI ASSAD, COMMISSAIRE DU FESTIVAL DU FILM AMAZIGH.

«La relance se fait à la base et il n’y a pas de meilleur chemin que celui des ciné-clubs pour y arriver!».

L’Expression: Tout d’abord un mot sur la manifestation qui se déroule à Zéralda et dont l’organisation est échue au commissariat du Festival culturel amazigh

Hachemi Assad: C’est une manifestation qui s’inscrit dans la continuité de nos activités organisées dans le cadre du Fcnafa. Je vous rappelle les précédents regroupements à Tizi Rached, à l’Ismas et dans le cadre des éditions du festival, etc. La nouveauté, comme il m’a été donné de le préciser, réside dans l’externalisation du volet formation du cadre du festival. C’est une démarche porteuse puisqu’elle nous permet d’organiser dans les meilleures conditions ce volet sans avoir à gérer en même temps le festival avec sa raison d’être: la compétition. Pour revenir à votre question, le regroupement d’aujourd’hui est à plusieurs titres intéressants, d’abord parce qu’il permet d’accompagner sur le terrain les actions «engagées» par le ministère de la Culture.

 Au passage, je tiens à saluer les efforts accomplis par la ministre de la Culture, Mme Khalida Toumi, qui travaille sans relâche pour la relance du cinéma national. Ensuite, parce qu’il y a une demande auprès des jeunes cinéphiles, mais qui n’est pas satisfaite à l’échelle locale. Je vous signale que les participants qui viennent de tout le territoire national, ont une farouche envie de se frotter au 7e art, mais…Enfin, parce que le thème des cinéclubs porte en lui, à mon sens, la clé de la relance du cinéma national. La relance du cinéma se fait à la base, et il n’y a pas meilleur chemin que celui des ciné-clubs pour y arriver! Je tiens toutefois à signaler que l’animateur de ciné-club a un grand rôle à jouer pour nous faire aimer le cinéma déjà. Sans le savoir, il peut s’avérer un catalyseur d’une certaine intelligence chez les jeunes, un socialisateur. Il peut même inspirer un (ou des) futur (s) Hamina, pourquoi pas! En tout cas, il peut susciter des vocations pour le cinéma, tout au moins aider à la formation artistique et cinéphilique de l’adulte de demain. L’exemple du ciné-club-télé de Ahmed Béjaoui est là pour en témoigner: nous sommes nombreux à lui reconnaître son apport dans l’amour que nous portons aujourd’hui pour cette chose qu’est le 7e art. Certains sont mêmes devenus réalisateurs ou exerçant un des métiers… L’objectif n’est certes pas d’en faire des réalisateurs, mais juste de bons cinéphiles capables d’apprécier une image de cinéma, d’en saisir le vrai sens, au lieu de la subir de plein fouet, et en toute passivité.

Pourquoi ce regroupement, premier du genre?

Comme je viens de vous le dire, pour développer et promouvoir le cinéma national, il n y a pas trente-six chemins pour le faire que de s’y prendre à la base. L’ingénieuse idée de lancer une formation en direction des animateurs de ciné-club procède de cette stratégie, à moins de rester enfermés dans un cinéma élitiste, pratiqué par les seuls adeptes des salons feutrés. La plupart de nos réalisateurs ont connu ou aimé, le cinéma…dans le cadre des ciné-clubs. Il faut réhabiliter le 7e art dans son acception populaire afin qu’il retrouve sa véritable fonction d’éducation, de formation avant de n’être que distraction.

Le cinéma, le vrai, doit être mis à la portée de tous, accessible au plus grand nombre, visible dans tous les coins du pays et non pas chez les seuls cercles privilégiés d’Alger et des grandes villes. Il faut réhabiliter la fonction d’animateur de ciné-club et la généraliser à l’échelle de toute l’Algérie. Il faut que les jeunes de Boussaâda, de Tin Zaouatine, de Aïn Oussara, d’Oum El Bouaghi, de Aïn El Hammam, de Oum Tboul, etc. aient les mêmes chances que leurs frères d’Alger, d’Oran, de Constantine ou d’Annaba…Ce regroupement obéit à cette philosophie. En un mot, nous voulons inculquer à nos stagiaires, l’amour et la connaissance du cinéma. La formation d’un public actif et exigeant et l’initiation à la citoyenneté sont les objectifs assignés à un ciné-club. Une noble mission d’éducation au service de l’Algérie.

Un mot sur l’espace choisi à cet effet (l’Agence nationale de loisirs de la jeunesse (Analj)

Nous avons choisi ce site parce qu’il offre les conditions idéales en termes d’accueil, d’hébergement et de travail. A ce propos, je suis heureux de constater la satisfaction de l’ensemble des participants. Le staff du Fcnafa est mobilisé pour le bon déroulement de ce regroupement.

Comment s’est effectué le choix des candidats des ciné-clubs et surtout des encadreurs?

Le choix des candidats est effectué après diffusion de l’appel à participation via notre site et par courrier en direction des 48 directions de la culture. La sélection des candidatures est du ressort de la structure formation du Fcnafa et de la Direction de la culture de chaque wilaya…Par ailleurs, et en concertation avec le ministère de la Culture, nous avons exigé du candidat d’avoir des connaissances cinématographiques, des prédispositions pour faire de l’animation cinématographique et la maîtrise des langues étrangères. Quant aux encadreurs, le choix est motivé par les références, l’expérience dans le domaine cinématographique, et le rapport au thème. Nous avons mis en place un collectif d’encadreurs à la hauteur de nos ambitions: Saïghi Sadia, consultante en éducation à l’image, déléguée de festival, Siagh Mohamed Saïd, sociologue, Meziani Abdelkrim, critique de cinéma, Abrous Mansour, chargé de la culture et de la communication -Mairie de Paris (France), Mouzaoui Ali, cinéaste et écrivain, Jalladeau Phillipe, fondateur du Festival des 3 Continents, et directeur de «South Lights International», société de consulting et d’expertise (France), Naïm Rachid, professeur de communication et d’histoire de l’art à la faculté polydisciplines de Safi, université Cadi-Ayyad (Maroc), Danoune Malek, universitaire, cinéphile (Annaba), Beskri Djilali, spécialiste en images numériques 3D et écrivain, Ben Allam Ahmed, scénariste (Alger) et enfin Ben Salah Mohamed, enseignant-chercheur à l’université d’Oran-Es Sénia et au Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (Crasc) et membre du Fcnafa.

Quelles sont concrètement les leçons dispensées à ces animateurs de ciné-clubs?

La thématique est bien cernée autour de l’animation du ciné-club. Le contenu pédagogique est bien étoffé; comment organiser son ciné-club: l’inscrire dans une durée, dans un espace, avec un public donné ou potentiel? Les différents partenaires et réseaux des ciné-clubs, la place de l’animation dans le cadre de la sensibilisation et de l’initiation des enfants au 7e art, l’intérêt des universitaires à avoir et à développer des ciné-clubs au sein de leurs institutions, comment présenter un film par écrit? Les différents supports de communication, affiches, tracts, petits programmes…,comment animer une séance de ciné-club? Ajouté à cela, bien entendu, les séances de visionnage des films.

Comment est financée cette opération? Quelle est la prochaine étape de votre démarche qui s’inscrit dans le cadre de l’initiation aux métiers du cinéma?

La rencontre est certes organisée par le Fcnafa en collaboration avec l’Ismas, mais le mérite revient en premier lieu au ministère de la Culture, qui n’a pas hésité un instant à nous solliciter et à nous renouveler sa confiance. Une subvention est allouée spécialement pour ce regroupement. Un geste que nous interprétons en toute bonne foi comme un gage de reconnaissance pour le travail accompli dans le cadre du Festival du film amazigh, et en particulier dans le domaine de la formation. Du coup, cela nous encourage à continuer sur notre lancée et à toujours donner satisfaction dans toute oeuvre que nous accomplissons au service de la culture en général et du 7e art en particulier.

S’agissant de la prochaine formation, je vous invite à prendre connaissance des recommandations de ce regroupement qui seront arrêtées le 24 mars en soirée. Des perspectives prometteuses s’annoncent au bonheur du mouvement ciné-club en Algérie. N’est-ce pas là une obligation de résultat?

Propos recueillis par O. HIND

 

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